
Le monde du jeu vidéo vient de vivre l’une de ses implosions les plus spectaculaires. Ashes of Creation, le MMORPG qui avait fait rêver des centaines de milliers de joueurs sur Kickstarter en 2017, s’est effondré en l’espace de quelques jours fin janvier 2026.

Licenciements massifs, fondateur qui démissionne, employés non payés, jeu retiré de Steam : le désastre est total. Cette analyse s’appuie sur la vidéo de BellularNews, commentée par Asmongold, qui détaille en profondeur la chronologie de cette catastrophe.
Ashes of Creation : 8 ans de promesses qui s’effondrent

En 2017, Intrepid Studios lance une campagne Kickstarter pour Ashes of Creation. Le studio demande 750 000 dollars et finit par récolter 3,2 millions, faisant du projet le MMO le plus financé de l’histoire de la plateforme. À la tête du projet, Steven Sharif, fondateur et directeur créatif, porte une vision ambitieuse : un MMO dynamique piloté par les factions, sans investisseurs extérieurs, sans conseil d’administration à satisfaire. Le jeu serait autofinancé et mené à terme sans compromis.
Ce qui a suivi ressemble pourtant à un chemin semé d’embûches. Un mode Battle Royale est lancé en 2018, soi-disant pour tester les mécaniques de combat, puis abandonné en 2020. Des phases d’alpha se succèdent à partir de 2021, accessibles uniquement aux contributeurs ayant investi des sommes parfois considérables. Pendant toute cette période, la promesse reste la même : le jeu avance, le financement est assuré, tout va bien. Pourtant, les signes d’un projet qui dépasse largement ses moyens commencent à se multiplier. Comme le souligne l’analyse de BellularNews, la vision d’un MMO sandbox de cette envergure nécessitait probablement des budgets bien supérieurs à ce qui avait été réuni.
La sortie Steam catastrophique de décembre 2025

En décembre 2025, Ashes of Creation débarque sur Steam en accès anticipé. Le problème : le jeu est toujours en phase alpha. Pour de nombreux joueurs qui découvrent le titre à cette occasion, l’état du produit est tout simplement inacceptable pour un jeu payant. Le leveling se résume à un grind de monstres interminable, le contenu narratif est quasi inexistant, et les systèmes en place, bien que prometteurs sur le papier, manquent cruellement de profondeur. Les avis sur Steam deviennent rapidement mitigés, puis franchement négatifs.
Avec le recul, cette sortie prend une toute autre dimension. Elle semble avoir été motivée par un besoin urgent de liquidités plutôt que par une réelle volonté de proposer un produit de qualité aux joueurs. L’ampleur du scope creep, un phénomène où le projet grossit démesurément par rapport aux moyens disponibles, apparaît désormais comme l’un des facteurs principaux de cet échec. L’équipe de 250 personnes paraissait surdimensionnée pour un MMO qui devait initialement reposer sur des mécaniques sandbox, sans nécessiter une énorme équipe de contenu. La situation rappelle d’autres projets de l’industrie du jeu vidéo où l’ambition dépasse les capacités financières.
De neuf licenciements à la fermeture totale en une semaine

La séquence des événements de fin janvier 2026 est d’une brutalité saisissante. Le 22 janvier, neuf personnes sont licenciées d’une équipe de 250. Steven Sharif publie alors un message rassurant, affirmant que le développement continue. Le 29 janvier, Intrepid publie un communiqué promettant un engagement total envers le jeu. Deux jours plus tard, le 31 janvier, c’est la catastrophe : l’ensemble de l’équipe de développement est licenciée. Le WARN Act (avis de fermeture obligatoire aux autorités) est déposé, mentionnant une fermeture permanente affectant les 123 employés restants.
Margaret Krohn, ancienne directrice de la communication, confirme sur LinkedIn que les notifications de licenciement ont touché l’ensemble du studio, et que les employés ne recevront pas leurs derniers salaires ni les compensations qui leur sont dues. C’est un point particulièrement douloureux de cette affaire : des développeurs qui ont travaillé pendant des années sur ce projet se retrouvent sans revenus du jour au lendemain, sans même recevoir ce qui leur était légalement dû.
Le mystère du conseil d’administration fantôme

C’est ici que l’histoire prend un tournant véritablement étrange. Steven Sharif publie un message sur le Discord d’Ashes of Creation dans lequel il affirme avoir perdu le contrôle de l’entreprise. Il déclare avoir démissionné parce que le conseil d’administration prenait des décisions qu’il ne pouvait pas soutenir éthiquement. La majeure partie de l’équipe dirigeante l’aurait suivi dans sa démission.
Le problème, c’est que les documents d’entreprise les plus récents, datés de décembre 2025, ne mentionnent aucun conseil d’administration.

Sharif y apparaît comme seul directeur, aux côtés du directeur financier. Alors d’où sort ce fameux conseil ? Selon des sources rapportées par le YouTubeur Kira et le site MMORPG.com, un fonds de private equity anonyme aurait pris le contrôle d’Intrepid Studios. Ce fonds aurait ensuite voulu délocaliser la production, externaliser le développement et ne conserver qu’une centaine d’employés sur 250. La démission de Sharif aurait alors précipité une décision encore plus radicale : licencier tout le monde.

Des documents publics révèlent par ailleurs une entreprise déjà en grande difficulté financière. Une dette de 850 000 dollars pour des services cloud impayés datant de décembre 2025, des dettes d’assurance remontant à juin 2025. Pour ceux qui suivaient le projet avec scepticisme, ces éléments ne font que confirmer l’image d’un château de cartes prêt à s’écrouler. Ce type de situation n’est pas sans rappeler d’autres mouvements financiers controversés dans l’industrie du jeu vidéo.
Escroquerie ou incompétence : un débat qui divise la communauté

La communauté est en ébullition. Discord, Reddit et les réseaux sociaux d’Ashes of Creation sont submergés par la colère des joueurs. Beaucoup se sentent arnaqués, d’autant que les doutes autour de Steven Sharif ne datent pas d’hier. Son passé dans le marketing de réseau (MLM) a toujours alimenté la méfiance, et la structure de parrainage du Kickstarter original présentait des similitudes troublantes avec ces modèles. L’achat d’une propriété évaluée à 5,5 millions de dollars pendant le développement n’arrange rien à l’image d’ensemble.
Pourtant, la question n’est peut-être pas aussi simple qu’un verdict d’escroquerie. Comme le souligne l’analyse, il n’existe à ce jour aucune preuve formelle de malversation. La situation ressemble davantage à une accumulation de mauvaises décisions financières, d’un projet qui a explosé en termes d’envergure bien au-delà de ses moyens, et d’un lancement Steam désespéré pour tenter de colmater les brèches. Sharif a d’ailleurs annoncé vouloir déposer une plainte publique pour éclaircir la situation, bien que beaucoup doutent que cela aboutisse à quoi que ce soit de concret. La frontière entre arnaque délibérée et gestion désastreuse d’un studio de jeu reste floue.
Quel avenir pour l’IP Ashes of Creation et ses backers ?

Le jeu a été retiré de Steam début février 2026. Les joueurs qui l’avaient acheté en accès anticipé à peine deux mois plus tôt tentent d’obtenir des remboursements auprès de Valve, et certains y parviennent. Mais pour les backers Kickstarter, la situation est bien plus sombre. Intrepid avait fait une promesse lourde de conséquences : rembourser intégralement tous les contributeurs si le jeu ne sortait pas. Avec une entreprise en faillite et un fondateur qui n’est plus aux commandes, cette promesse ne sera très vraisemblablement jamais honorée.
Le précédent de Chronicles of Elyria, un autre MMO Kickstarter qui s’est effondré dans des circonstances similaires, n’est guère encourageant : les backers avaient porté l’affaire devant les tribunaux et en étaient repartis les mains vides. Quant à l’IP Ashes of Creation elle-même, elle appartient désormais au mystérieux fonds de private equity. Si l’idée qu’un repreneur puisse relancer le projet circule dans certains cercles, la probabilité reste extrêmement faible. Sans équipe créative, sans direction, et avec une réputation en lambeaux, l’IP a perdu l’essentiel de sa valeur.
Cette affaire illustre une nouvelle fois les risques inhérents au financement participatif de projets d’envergure dans le jeu vidéo. Entre Star Citizen qui continue de lever des fonds sans date de sortie en vue et Ashes of Creation qui s’effondre après 8 ans de développement, la confiance des joueurs dans les MMO Kickstarter n’a jamais été aussi basse.
Source : BellularNews – The Absolute Disaster of Ashes of Creation




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