Celetik, créateur de contenu World of Warcraft sur la chaîne CeleClips, vient de vivre une première absolue dans sa carrière de près de 9 ans. Blizzard l’a contacté directement par message privé au sujet d’une de ses vidéos sur l’IA et le doublage français. Le problème ? L’article envoyé par le studio pour « prévenir la désinformation » confirme exactement ce que le créateur dénonçait.
Blizzard contacte Celetik pour la première fois en 8 ans

Celetik fait des vidéos sur WoW depuis près de 9 ans. D’abord sur des serveurs privés faute de moyens, puis en tant que créateur à temps plein depuis environ un an et demi. Pendant toutes ces années, il a critiqué le jeu quand ça n’allait pas, encensé les bonnes décisions quand elles étaient là, et même fait la promotion de serveurs privés comme Turtle WoW ou Ascension. Jamais Blizzard ne l’a contacté à ce sujet.
Ce week-end, tout a changé. Un employé de Blizzard lui a envoyé un DM — pas sa contact habituelle, une community manager qu’il surnomme « Mme V » et avec qui il travaille depuis des années pour les codes promotionnels. Non, c’était un remplaçant, profitant de son absence en vacances. Le ton était direct : « J’aimerais ajouter du contexte sur un sujet important afin de prévenir la désinformation. » En cause ? Sa vidéo sur le doublage français et l’utilisation de l’IA par Blizzard.
Le contenu du message : entre mise en garde et maladresse
L’employé de Blizzard a transmis un communiqué officiel de Microsoft : « Nous accordons une grande importance à la créativité et à l’expertise des acteurs de doublage. Toute reproduction d’une performance vocale nécessiterait le consentement explicite de l’interprète ainsi qu’une compensation équitable. » Un message de façade rassurant, signé par le porte-parole de Microsoft.
Mais c’est l’article joint au message qui change tout. L’employé a demandé à Celetik d’en faire une priorité lorsqu’il couvre ce sujet. Le problème ? Cet article ne dit absolument pas ce que Blizzard voudrait qu’il dise. Et c’est là que la situation devient comique.
L’article envoyé se retourne contre Blizzard

L’article envoyé par Blizzard traite de la guerre des acteurs français contre l’IA de Microsoft et Amazon. Et son contenu est accablant pour Microsoft. Il révèle que les contrats proposés par Microsoft, via ses filiales Activision Blizzard et ZeniMax Media, « incluent une clause sur l’IA » mais que celle-ci « n’est pas considérée comme suffisamment protectrice par les interprètes français. »
Le SFA (Syndicat Français des Artistes) y précise que la clause « ne protège pas contre la création de voix synthétiques, c’est-à-dire une voix méconnaissable créée à partir d’un mix d’enregistrements. » Microsoft joue sur les mots : pas de « voix générée par IA » au sens strict, mais la possibilité de créer des voix synthétiques à partir de performances réelles. L’article mentionne également de nombreuses annulations de contrats et des départs d’enregistrement causés par ces clauses. Cette situation rappelle d’ailleurs les débats autour de l’IA dans l’industrie du jeu vidéo, où chaque grand éditeur adopte une posture différente.
L’ironie est totale : Blizzard a envoyé un article censé contrer la « désinformation » de Celetik, mais qui confirme point par point ce que le créateur dénonçait dans sa vidéo.
La réaction de Celetik : liberté d’expression avant tout
Celetik n’a pas répondu au message. « J’ai cru qu’il s’était trompé d’article, » confie-t-il à sa communauté en stream. « Parce qu’en fait, l’article qu’il m’envoie, il me donne raison. » Le créateur mesure le risque : au pire, il pourrait perdre l’accès aux codes promotionnels pour les giveaways d’éditions épiques et de montures. Mais il n’a jamais reçu un centime de Blizzard, jamais été sponsorisé.
« Je préfère ma liberté d’expression à juste être un PNJ, » résume-t-il. Il qualifie l’approche du DM — le fameux « Hey, est-ce qu’on peut parler ? » envoyé un vendredi soir — de tactique de pression passive-agressive. Un procédé qui, selon lui, cherche davantage à intimider qu’à informer.
Un signal fort sur la sensibilité de Blizzard au sujet IA

Ce qui frappe dans cette histoire, c’est le contraste. Celetik a passé des années à faire du contenu sur des serveurs privés de WoW — Turtle WoW, Ascension — en les recommandant ouvertement. Pourtant, jamais Blizzard ne l’a contacté à ce sujet. Jamais blacklisté, jamais privé de codes. Mais sur la question de l’IA et du doublage français, la réaction est immédiate.
Ce décalage en dit long sur la sensibilité du sujet chez Microsoft. Le conflit avec les doubleurs français est réel : depuis l’été 2025, plusieurs jeux Xbox majeurs ont vu leur doublage français modifié ou supprimé. WoW Midnight, Overwatch et même Forza Horizon 6 sont touchés. Le SFA et l’association Les Voix dénoncent des clauses contractuelles permettant le clonage vocal, provoquant des annulations massives et des départs d’enregistrement. Les doubleurs espagnols avaient déjà fait grève pour les mêmes raisons — et obtenu gain de cause.
Le fait que Blizzard surveille les créateurs de contenu francophones et intervienne directement sur ce sujet confirme qu’il s’agit d’un point névralgique pour le studio. Comme le montrent les révélations récentes sur les coulisses de Blizzard, les décisions du studio continuent de susciter des réactions fortes dans la communauté francophone. Et quand un créateur reçoit un DM de pression dont le contenu le conforte dans sa position, on peut se demander si la communication de crise de Blizzard n’a pas encore du chemin à faire.




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