
Le 29 janvier 2026, le juge fédéral Jamal Whitehead a rendu une décision qui pourrait transformer durablement le paysage juridique de l’industrie technologique. Valve, le géant derrière Steam, vient de remporter une victoire décisive contre Lee Rothschild, un homme qui a déposé plus de 1 200 poursuites en matière de brevets contre des entreprises allant d’Apple à de petites sociétés indépendantes. La plupart des victimes préfèrent payer pour éviter les frais de justice. Valve a choisi de se battre, et les résultats sont spectaculaires.
Le contrat de 2016 qui a tout déclenché
En 2016, Valve et Rothschild ont signé un accord appelé Global Settlement and License Agreement (GSLA). Ce contrat était censé mettre fin à tout litige entre les deux parties. En échange d’une somme considérable, Valve obtenait une licence perpétuelle, irrévocable et mondiale couvrant l’intégralité du portefeuille de brevets de Rothschild. L’accord était limpide : Rothschild encaissait l’argent et s’engageait à ne plus jamais poursuivre Valve ou ses filiales pour contrefaçon de brevets, que ce soit avérée ou alléguée.
Un point crucial de cet accord : la licence couvrait l’ensemble de la bibliothèque de brevets de Rothschild de manière catégorielle. Puisque les brevets expirent naturellement au fil du temps, le contrat ne pouvait pas être figé sur une liste précise. C’était un document vivant, conçu pour s’adapter à l’évolution du portefeuille. Pendant six ans, le silence a régné.
Quand Rothschild a brisé le pacte
En 2022, la société de Rothschild a commencé à envoyer des messages marketing à l’équipe juridique de Valve, proposant de nouveaux brevets à licencier. Valve, sachant parfaitement que sa licence perpétuelle couvrait déjà tout, a ignoré ces sollicitations. Rothschild a alors fait ce qu’il fait toujours : il a attaqué en justice.
En septembre 2022, sa société Display Technologies a déposé une plainte alléguant que Valve avait enfreint un brevet déjà couvert par le GSLA de 2016. Lorsque les avocats de Valve ont répondu en envoyant une copie du contrat aux avocats de Rothschild, ces derniers n’ont pas présenté d’excuses. Ils ont doublé la mise avant d’être contraints d’abandonner la procédure. Ce schéma rappelle les pratiques agressives qui pèsent sur l’industrie du jeu vidéo depuis des années.
Puis, en juin 2023, les avocats de Rothschild ont envoyé une nouvelle lettre menaçant de poursuivre Valve pour un autre brevet, le brevet 221 portant sur une méthode de stockage et de diffusion de contenu média. La défense de Rothschild cette fois : une erreur de bonne foi. Son équipe a argumenté que, gérant tellement de brevets, ils avaient simplement oublié que celui-ci figurait sur la liste des brevets protégés par l’accord.
La décision du juge Whitehead : un tournant historique
Le juge Jamal Whitehead a tranché sans ambiguïté. Dans sa décision du 29 janvier 2026, il a statué que Rothschild et Display Technologies avaient violé le GSLA en poursuivant Valve le 27 septembre 2022. Le rejet rapide de cette première plainte n’a pas suffi à réparer la rupture de contrat. Pour les faits de 2022, Valve a déjà gagné. Rothschild est désormais officiellement un violateur de contrat aux yeux de la loi.
Concernant les faits de 2023, le juge a estimé qu’il ne pouvait pas statuer en jugement sommaire. En droit texan, si une rupture de contrat repose sur une erreur authentique, elle peut ne pas constituer une violation. La question de savoir s’il s’agissait d’un acte volontaire ou d’une véritable erreur sera tranchée par un jury dans les prochaines semaines.
L’élément le plus percutant de cette décision concerne le Washington Patent Troll Protection Act (PTPA). L’équipe de Rothschild a tenté de faire rejeter les plaintes de Valve au titre de cette loi, arguant que seul le procureur général pouvait agir en vertu de ce texte. Le juge Whitehead a rejeté cet argument, affirmant que Valve a le droit de poursuivre en vertu de cette loi car le trolling de brevets est une question d’intérêt public vital. Cette décision ouvre la porte à des dommages triplés : le jury pourrait multiplier par trois le montant que Rothschild doit à Valve.
Valve vise Rothschild personnellement
La stratégie classique des patent trolls repose sur un jeu de coquilles vides. Ils créent des dizaines de petites LLC sans actifs, et si l’une d’elles perd un procès, elle déclare faillite tandis que le troll conserve sa fortune personnelle intacte. Valve a décidé de briser ce schéma en poursuivant Lee Rothschild en personne, arguant que ses sociétés ne sont que des alter ego de lui-même. C’est le principe du « piercing the corporate veil » : si le dirigeant mélange finances personnelles et professionnelles, il peut être tenu responsable des actes de sa société.
Valve ne s’arrête pas là. L’entreprise vise également les avocats de Rothschild, Samuel Mailor et le cabinet Mailor Legal PLLC. L’équipe juridique de Valve avait prévenu Mailor dès décembre 2022 que son comportement indiquait un manquement à l’enquête Rule 11, autrement dit qu’il n’avait pas fait ses devoirs avant de déposer la plainte. Mailor a affirmé en janvier 2023 avoir soigneusement examiné le GSLA, mais six mois plus tard, il a envoyé une lettre menaçante concernant un brevet qu’il prétendait avoir étudié. Le juge a autorisé ces plaintes à avancer, ce qui signifie que les avocats pourraient eux aussi être redevables de dommages. Dans un secteur où les pratiques commerciales agressives font régulièrement débat, cette décision envoie un signal fort.
Pourquoi cette affaire change la donne pour l’industrie tech
La plupart des entreprises visées par un patent troll choisissent de payer plutôt que de se battre. C’est généralement plus rapide et moins coûteux. Mais ce calcul crée un cercle vicieux qui alimente un modèle économique fondé sur l’intimidation juridique. Valve a décidé de dépenser des millions de dollars pour combattre Rothschild, malgré les embuscades procédurales, y compris des avocats pris en flagrant délit d’utilisation d’IA pour fabriquer de fausses citations juridiques.
Si Valve remporte le procès devant jury, les conséquences dépasseront largement cette affaire. Un précédent sera établi : les patent trolls peuvent être tenus personnellement responsables, leurs avocats aussi, et les dommages peuvent être triplés. Ce type de bouleversement juridique dans l’industrie pourrait dissuader de futurs trolls de s’attaquer à des entreprises technologiques.
L’ironie de cette affaire réside dans le fait que Rothschild n’a même pas pris la peine de créer une entité complètement séparée pour ses nouvelles poursuites. Cette négligence ou cette arrogance pourrait être exactement ce qui permettra à Valve de percer le voile sociétaire et d’atteindre sa fortune personnelle. Le procès, prévu dans les prochaines semaines, déterminera le montant des dommages dus à Valve et tranchera définitivement la question de la bonne foi alléguée par Rothschild.




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