
Amazon vient de frapper un grand coup dans la course à la robotisation de ses livraisons. Le géant américain a acquis RIVR, une start-up suisse née dans les laboratoires de l’ETH Zurich, spécialisée dans les robots quadrupèdes de livraison. Ces machines impressionnantes, capables de marcher à 15 km/h, monter des escaliers et même appeler l’ascenseur, pourraient bien transformer radicalement la logistique du dernier kilomètre.
Mais entre prouesses technologiques et défis de cohabitation urbaine, la route est encore longue. Voici ce que l’on sait de cette acquisition qui fait déjà beaucoup parler dans le monde de la tech et de la livraison.
RIVR : la start-up suisse de l’ETH Zurich rachetée par Amazon

Le 19 mars 2026, Amazon a confirmé l’acquisition de RIVR, une start-up de robotique basée à Zurich et issue du Robotic Systems Lab de la prestigieuse ETH Zurich. L’entreprise, qui s’est rebaptisée RIVR début 2025, avait déjà attiré l’attention de Jeff Bezos en personne : en 2024, le fondateur d’Amazon avait mené une levée de fonds de 22 millions de dollars via Bezos Expeditions, aux côtés du fonds HongShan et de l’Amazon Industrial Innovation Fund.
Les robots conçus par RIVR ressemblent à des chiens mécaniques. Ce sont des quadrupèdes métalliques équipés de quatre pattes articulées et d’un bras robotique muni d’une pince qui leur permet de saisir et remettre les colis directement aux clients. Imaginez ouvrir votre porte et tomber nez à nez avec un chien mécanique qui vous tend votre commande Amazon.
Avant le rachat, RIVR avait déjà fait ses preuves sur le terrain. En mai 2025, la start-up avait collaboré avec Veho, une plateforme de livraison alternative, pour déployer ses robots dans les rues d’Austin, au Texas. En août de la même année, un partenariat avec Just Eat Takeaway.com avait permis de tester la technologie en Europe, dans le domaine de la livraison alimentaire.
Des prouesses techniques qui défient tous les obstacles urbains

Ce qui distingue les robots RIVR de la concurrence, c’est leur capacité à naviguer dans un environnement urbain complexe sans être bloqués par le moindre obstacle. Dans la rue, ils se déplacent à une vitesse de 15 km/h, équipés de capteurs et de caméras intelligentes qui leur permettent de se faufiler parmi les piétons sur le trottoir.
Leur secret réside dans une innovation clé : des roues intégrées à l’extrémité de leurs pattes. Ce système hybride roues-pattes leur permet non seulement de rouler efficacement sur terrain plat, mais aussi de monter et descendre les escaliers sans difficulté. Là où les précédents robots de livraison — ces « petits pots de yaourt roulants » — étaient systématiquement bloqués par la moindre marche, les robots RIVR franchissent les obstacles avec une agilité remarquable.
Plus impressionnant encore : ces robots peuvent basculer du mode quadrupède au mode bipède. En se dressant sur leurs pattes arrière, ils sont capables d’appuyer sur le bouton d’un interphone ou d’appeler un ascenseur. Les vidéos montrent un robot qui appelle l’ascenseur, entre dedans, monte à l’étage et vient frapper à la porte du destinataire. Ils peuvent également transporter des charges allant jusqu’à 60 kilogrammes, une capacité largement suffisante pour la grande majorité des colis.
Doubler l’efficacité des livreurs sans les remplacer
Amazon insiste : l’objectif n’est pas de remplacer les livreurs humains, mais de démultiplier leur efficacité. Le concept est simple. Le livreur arrive dans une rue avec son fourgon, sort un ou plusieurs robots de l’arrière du véhicule, et chacun part effectuer une livraison dans une direction différente pendant que le livreur en assure une autre à pied.
Cette approche collaborative entre l’humain et la machine répond à un problème concret que tous les acteurs de la logistique connaissent bien. Ce n’est pas le transport sur de longues distances qui coûte cher, mais les derniers mètres : trouver le bon interphone, monter les escaliers, attendre que le client ouvre. Chaque seconde compte.
Dans un secteur où Amazon livre des milliards de colis par an, gagner ne serait-ce que quelques secondes par livraison représente des économies colossales à l’échelle mondiale. La robotisation du dernier kilomètre n’est plus une utopie futuriste : c’est un enjeu économique majeur qui se concrétise dès aujourd’hui. La question de l’impact de l’IA sur les métiers reste néanmoins au centre des débats.
Les défis du partage des trottoirs et de l’incivilité

Malgré ces avancées spectaculaires, les robots de livraison sont loin d’avoir résolu tous les problèmes. Le premier défi est celui du partage de l’espace public. Si Amazon, FedEx, Uber Eats et Pizza Hut déploient chacun leurs propres flottes de robots, il faudra bientôt zigzaguer entre les machines sur des trottoirs déjà encombrés. Cette cohabitation entre piétons et robots autonomes soulève des questions réglementaires qui n’ont pas encore trouvé de réponse dans la plupart des villes.
Le deuxième problème est plus terre à terre : l’incivilité et le vol. Les robots de livraison sont essentiellement des coffres roulants contenant des colis qui peuvent avoir une certaine valeur. Dans de nombreuses villes, leur survie est loin d’être garantie — ces machines « peuvent être ouvertes assez facilement », un défi de sécurité que ni Amazon ni ses concurrents n’ont encore pleinement résolu.
L’idée des robots de livraison n’est d’ailleurs pas nouvelle. Elle avait connu un boom pendant le Covid-19, quand la distanciation sociale rendait les livraisons sans contact particulièrement attractives. Mais les premiers modèles — de simples plateformes roulantes — se retrouvaient bloqués par le moindre trottoir surélevé ou la première volée de marches. Avec ses robots quadrupèdes capables de franchir tous les obstacles, RIVR apporte enfin une réponse crédible à cette limitation technique historique.
L’obsession d’Amazon pour le dernier kilomètre

L’acquisition de RIVR s’inscrit dans une stratégie bien plus large. Amazon ne mise pas uniquement sur les robots-chiens : le géant du e-commerce déploie un véritable arsenal technologique pour grappiller des secondes précieuses sur chaque livraison.
Parmi les innovations en cours de développement : des camions et fourgons intelligents équipés d’écrans à l’arrière du véhicule qui indiquent au livreur quel colis prendre en quelques secondes, sans avoir à fouiller dans le chargement. Amazon travaille également sur des lunettes de réalité augmentée qui afficheraient directement dans le champ de vision du livreur le code de l’interphone, le numéro d’ascenseur à prendre et le chemin à suivre dans le couloir. Une logique d’agents IA capables de contrôler des environnements physiques que l’on retrouve de plus en plus dans l’industrie tech.
Tout est pensé pour éliminer les temps morts et optimiser chaque geste. L’intelligence artificielle pilote les itinéraires, prédit les créneaux de livraison les plus efficaces et coordonne l’ensemble de la flotte — humains et robots confondus. Comme les agents IA autonomes qui gèrent des projets entiers sans supervision, les robots RIVR pourraient bientôt opérer de manière quasi indépendante dans nos rues. Dans cette course à l’efficacité, Amazon investit massivement pour transformer la livraison du dernier kilomètre en une mécanique parfaitement huilée.




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