
Chaque semaine, l’intelligence artificielle continue de franchir de nouveaux caps. Cette semaine a été particulièrement dense : un outil de génération vidéo chinois enflamme les réseaux, la voiture autonome de Google se perfectionne grâce à des simulations poussées, la France accélère sur la souveraineté numérique et ChatGPT révèle ses limites en médecine. Voici le tour d’horizon complet de l’actu IA qui a marqué les esprits.
En parallèle, une étude confirme que près d’un Français sur deux utilise désormais l’IA au quotidien — une adoption deux fois plus rapide qu’internet ou le smartphone en leur temps. L’intelligence artificielle n’est plus une curiosité technologique, c’est une réalité qui s’installe dans nos usages, nos bureaux et nos vies. Mais derrière les annonces spectaculaires, des questions de fond restent posées : sécurité des données, souveraineté numérique, et fiabilité des outils.

Seandance 2.0 : l’outil IA de ByteDance qui révolutionne la vidéo
On n’avait pas encore fini de parler de Sora que voilà un nouveau prétendant au titre de meilleur générateur vidéo par IA. Il s’appelle Seandance 2.0 et il est développé par ByteDance, la maison mère de TikTok. Lancé d’abord exclusivement en Chine, cet outil est déjà présenté comme le modèle de génération vidéo le plus avancé au monde, surpassant Sora 2 d’OpenAI et VO 3.1 de Google.
Ce qui a mis le feu aux réseaux, ce sont les démonstrations : une version revisitée du Titanic où Leonardo DiCaprio ne meurt pas, Donald Trump marquant des paniers au basket ou chantant en chinois, des scènes de bagarre entre Tom Cruise et Brad Pitt… Des séquences d’une qualité visuelle quasi cinématographique, d’un niveau tel qu’il n’est même plus possible de détecter le faux en comptant les doigts des personnages. Les images sont parfaites.
Mais c’est la bande son qui impressionne le plus les observateurs. Sur les générations précédentes, l’audio était souvent le point faible. Ici, les voix sont réalistes, les bruitages riches, le niveau de qualité sonore est tout simplement bluffant. Ce n’est pas juste un bond en avant, c’est une nouvelle dimension de la création vidéo par IA.
Cela dit, des nuances s’imposent. Ce que l’on voit sur les réseaux sociaux, ce sont des séquences très courtes. L’IA reste encore mal adaptée pour réaliser de longs métrages cohérents : les coûts sont élevés, et les systèmes peinent à maintenir une trame narrative riche sur la durée. Seandance 2.0 ouvre de nouvelles portes, mais le cinéma hollywoodien n’est pas encore menacé de disparaître. En revanche, pour les créateurs de contenu et la communication visuelle, ce type d’outil est une véritable révolution à portée de main — à condition de maîtriser l’art du prompt. Ce qui va aussi ouvrir de nouvelles questions sur les deepfakes et la désinformation.

Waymo entraîne ses voitures autonomes grâce à l’IA et aux world models
La filiale de Google spécialisée dans les véhicules autonomes vient de publier un long article de blog pour expliquer comment elle entend repousser les limites de l’entraînement de ses voitures. L’idée centrale : créer un simulateur ultra-réaliste capable de reproduire toutes les situations de circulation possibles, y compris les plus improbables.
Un éléphant qui traverse la rue, des meubles mal arrimés sur le toit d’un camion, une voiture qui fait demi-tour au milieu d’une intersection… Autant de scénarios rares dans la vraie vie, mais que les voitures autonomes doivent pourtant être capables de gérer. La solution : plutôt que d’attendre que ces situations se produisent en conditions réelles, Waymo les génère à la demande dans un environnement numérique.
Cette approche fait appel à ce qu’on appelle les world models — une représentation du monde bien plus complète et riche que ce que permettait l’IA traditionnelle. Et Waymo n’est pas seul sur ce créneau : Uber exploite les données de ses chauffeurs à travers le monde pour maximiser les situations d’entraînement, Nvidia travaille sur des jumeaux numériques de villes entières (sujet abordé au CES de Las Vegas), et Tesla utilise ses propres simulations pour son autopilot basé sur les caméras.
Ce mouvement vers les world models est en train de devenir la nouvelle frontière de l’IA appliquée. Pas seulement pour la voiture autonome, mais pour tous les systèmes qui doivent agir dans le monde physique. Un sujet à suivre de très près si l’on veut comprendre où va l’intelligence artificielle dans les prochaines années.

Un Français sur deux utilise l’IA : les chiffres qui confirment une adoption record
Le baromètre des usages du numérique publié cette semaine confirme ce que beaucoup pressentaient : 48 % des Français ont utilisé un outil d’intelligence artificielle en 2025. C’est deux fois plus qu’en 2023. Une adoption deux fois plus rapide que celle d’internet ou du smartphone en leur temps — c’est dire à quel point le phénomène est exceptionnel.
Sans surprise, ce sont les 18-24 ans qui sont les plus actifs — pas toujours pour de bonnes raisons, le copier-coller dans les lycées et collèges étant devenu un phénomène préoccupant. Parmi les 25-39 ans, l’utilisation professionnelle domine, notamment chez les CSP+ et dans les environnements de bureau. Pour quoi faire ? Principalement pour rechercher des informations (avec les précautions d’usage liées aux hallucinations), traiter et résumer des contenus, traduire, transcrire, et écrire du code informatique.
Mais une étude de la Harvard Business Review vient tempérer l’enthousiasme. Si l’IA permet bien d’être plus productif, elle conduirait aussi à… travailler davantage. Les employés auraient tendance à élargir leur périmètre de tâches — un designer qui fait de la programmation, un chercheur qui produit du travail d’ingénieur — ce qui rend les journées plus longues. L’IA réduirait ainsi encore plus la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle. Un effet paradoxal à prendre en compte dans notre rapport à ces outils, comme on l’analysait déjà dans notre article sur les grandes tendances IA de cette période.

Mistral investit 1,2 Mds€ et la France reprend ses données de santé à Microsoft
La pépite française de l’IA ne chôme pas. Mistral vient d’annoncer un investissement de 1,2 milliard d’euros pour construire un centre de données en Suède, qui devrait être opérationnel l’année prochaine. Ce sera le troisième cluster de la startup parisienne, après un premier en région parisienne et un autre dans l’Essonne, avec différents partenaires. Un signal fort de la montée en puissance de Mistral, qui a parmi ses actionnaires ASML — le géant néerlandais des machines à fabriquer les puces électroniques — et l’américain Microsoft.
Sur le front de la souveraineté numérique, une décision majeure vient d’être annoncée. Le gouvernement français a officiellement écarté Microsoft de l’hébergement du Health Data Hub, cette gigantesque plateforme destinée à recueillir toutes les données médicales des Français. Microsoft avait été choisi en 2019, mais la décision avait provoqué une levée de boucliers : associations, responsables politiques, recours judiciaires. L’argument principal ? Microsoft étant soumis au droit américain, notamment au Cloud Act, ces données de santé pourraient théoriquement être accessibles par les autorités américaines.
L’exécutif a finalement tranché. La plateforme se tournera vers une infrastructure cloud souveraine, labellisée SecNumCloud — la qualification officielle garantissant un niveau de sécurité élevé pour les données sensibles. Un appel d’offres a été lancé pour sélectionner un hébergeur européen parmi des acteurs comme OVH, Cloud Temple ou Outscale. L’enjeu : trouver un prestataire capable d’offrir la même qualité de service que Microsoft, tout en garantissant une vraie souveraineté des données. Un défi technique et organisationnel de taille.

ChatGPT limité en médecine et piratage Sumsub : deux alertes sur la sécurité
Une étude de l’Université d’Oxford, publiée dans la revue Nature Medicine, vient doucher certains enthousiasmes sur les capacités médicales de ChatGPT. Des chercheurs ont demandé à plus d’un millier d’utilisateurs lambda de décrire des symptômes comme s’ils souffraient de certaines maladies. Résultat : le chatbot d’OpenAI n’aurait donné des diagnostics fiables que dans 37 % des cas. Un taux très décevant pour un outil que beaucoup utilisent comme premier recours de santé.
Mais il y a une nuance importante. Lorsque ce sont des médecins formés qui posent les questions en décrivant précisément les symptômes, le taux de succès bondit à 95 %. La conclusion est donc double : ChatGPT peut faire des miracles en santé, mais uniquement si on sait lui parler correctement. Entre les mains du grand public, sans formation médicale, l’outil reste insuffisant et potentiellement dangereux.
Du côté de ChatGPT, autre actualité : la publicité arrive. Aux États-Unis d’abord, sous forme de liens sponsorisés apparaissant sous les réponses. En France, un premier partenariat a été annoncé avec Le Bon Coin. Le résultat pratique laisse encore à désirer — les recherches très précises retournent des résultats peu pertinents — mais c’est le début d’une monétisation qui va s’étendre.
Enfin, une note de vigilance avec le piratage de Sumsub, une plateforme française de vérification d’identité et de lutte contre la fraude. L’entreprise a révélé avoir été victime d’une intrusion dès juillet 2024, soit plus d’un an et demi avant de le rendre public. Les données compromises concernent des entreprises de finance et de cryptomonnaies — adresses email, numéros de téléphone. Ce piratage tombe d’autant plus mal qu’il intervient au moment où le débat sur la vérification de l’âge pour les réseaux sociaux met précisément ce type de service au cœur des discussions gouvernementales. Un rappel que même les acteurs chargés de certifier les identités ne sont pas à l’abri des failles de sécurité.




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