Crash Bitcoin et crypto : pourquoi le marché s’est effondré en février 2026

Crash Bitcoin et crypto février 2026

Article de Kami

Bitcoin est passé de 88 000 dollars à 60 000 dollars en à peine une semaine début février 2026. Ethereum a suivi la même trajectoire, chutant de 3 000 à 1 880 dollars. Cette première semaine de février restera comme l’une des plus violentes que le marché crypto ait connue, et pourtant, il n’y a pas une seule cause identifiable derrière ce mouvement. On est face à un faisceau de facteurs qui se sont accumulés pour créer une tempête parfaite sur les marchés financiers.

Contrairement au crash de FTX ou à d’autres événements historiques, cette baisse ne vient pas du marché crypto lui-même. Elle est le reflet d’un stress généralisé sur l’ensemble des marchés financiers mondiaux. On décortique ici toutes les raisons de cet effondrement.

Un repricing macroéconomique global

Le point de départ de cette crise remonte à la nomination de Kevin Warsh comme nouveau président de la Réserve fédérale américaine (Fed). Connu pour sa politique monétaire restrictive, son arrivée a immédiatement refroidi les marchés. Les investisseurs s’attendaient à des baisses de taux d’intérêt rapides et à de l’injection de liquidité, conditions favorables aux actifs risqués comme Bitcoin. Avec Warsh aux commandes, ces attentes ont volé en éclats.

Même si certains le présentent comme pro-crypto, ses prises de position passées restent mitigées. Les marchés ont donc décidé de ne pas prendre de risque et de repositionner massivement leurs portefeuilles, ce qui a déclenché une vague de ventes sur toutes les classes d’actifs considérées comme volatiles.

L’effet domino des valeurs tech et des ETF

La pression macroéconomique s’est d’abord manifestée sur les géants de la tech. Microsoft a perdu près de 18 % en une dizaine de séances, NVIDIA a cédé 10 % sur la semaine, et d’autres mastodontes ont suivi la même pente. Or, Bitcoin est désormais rangé dans le même tiroir que ces valeurs par les investisseurs institutionnels. Résultat : quand la tech dévisse, BTC trinque en premier.

Un détail aggravant : Bitcoin se négocie 24h/24, 7j/7. Les investisseurs anxieux ont donc commencé à vendre dès le weekend du 1er février, avant même l’ouverture des marchés traditionnels le lundi. Ce front avancé de ventes a amplifié la pression baissière dès le départ.

Côté ETF, la situation est catastrophique. On parle de 2 milliards de dollars de flux sortants sur les ETF Bitcoin en quelques jours, et 500 millions sur les ETF Ethereum. Ces ETF étaient justement le catalyseur qui avait propulsé Bitcoin à la hausse depuis début 2024. Voir ces flux s’inverser massivement a créé un effet de panique auto-entretenu.

Même les valeurs refuges ont trinqué

Ce qui rend ce crash particulièrement inquiétant, c’est que même les actifs considérés comme des valeurs refuges n’ont pas été épargnés. L’or a enregistré une baisse de 10 % sur une seule séance, un événement rarissime. L’argent, qui avait atteint 144 dollars, est descendu à 80 dollars, soit une chute de plus de 40 %. La dernière fois qu’un mouvement de cette ampleur s’était produit sur l’argent remonte à 1980.

Cette situation remet en cause la narrative de Bitcoin comme « or numérique ». Si même l’or physique peut perdre 10 % en 24 heures, et que Bitcoin est la première ligne que les investisseurs coupent en période de stress, on est encore très loin de pouvoir qualifier BTC de valeur refuge. La volatilité reste son talon d’Achille, surtout aux yeux des institutionnels qui y sont entrés massivement pour la première fois.

Liquidité fantôme et cascades de liquidation

Un facteur technique a considérablement amplifié la chute : la profondeur des carnets d’ordres (orderbooks) s’est effondrée. Il y a un peu plus d’un an, il fallait vendre environ 8 à 10 millions de dollars de Bitcoin pour faire bouger le prix de 1 %. Aujourd’hui, ce chiffre est passé sous les 5 millions. Autrement dit, chaque vente massive a un impact deux fois plus violent sur le cours.

Les supports techniques ont été brisés les uns après les autres : 80 000, puis 75 000 (un niveau surveillé par l’ensemble du marché), puis 70 000, pour atterrir à 60 000 dollars. Cette chute en escalier a déclenché des cascades de liquidation massives. Quand un trader à levier voit sa position liquidée, la vente forcée fait baisser le prix davantage, ce qui liquide d’autres positions, et ainsi de suite. Au total, 2,6 milliards de dollars ont été liquidés sur Bitcoin cette semaine-là.

Les produits dérivés ont aussi joué un rôle d’amplificateur. Plus de 2,3 millions de contrats d’options ont été échangés sur l’ETF IBIT de BlackRock. Ces instruments financiers créent un volume artificiel autour d’un même Bitcoin, avec des effets de levier qui démultiplient l’impact de chaque mouvement de prix.

MicroStrategy, mineurs et signaux de stress extrême

La peur autour de MicroStrategy, le plus gros détenteur institutionnel de Bitcoin, a ajouté une couche de panique. Si le cours de BTC descend trop bas, l’entreprise pourrait être contrainte de vendre une partie de ses réserves pour honorer ses dettes, ce qui ferait chuter le prix encore plus, l’obligeant à vendre davantage. Un cercle vicieux redouté par tout le marché.

L’entreprise a toutefois tenté de rassurer en affirmant disposer de plus de deux ans de liquidités avant d’être en difficulté, et que seul un Bitcoin sous les 8 000 dollars les mettrait réellement en danger. Mais dans un contexte de panique, ces garanties ne suffisent pas à calmer les esprits.

Du côté des mineurs, le signal est tout aussi alarmant. La difficulté de minage, qui historiquement ne fait qu’augmenter, a reculé brutalement de 155 à 125, retrouvant des niveaux de mai 2025. Selon CoinDesk, le minage n’est plus rentable pour la plupart des opérateurs sous les 85 000 à 87 000 dollars. Les infrastructures GPU nécessaires au minage représentent des investissements colossaux, et quand la rentabilité disparaît, les machines s’éteignent.

Géopolitique, Japon et le débat sur les cycles

Au-delà des facteurs financiers directs, plusieurs éléments de contexte ont contribué à la nervosité ambiante. L’instabilité géopolitique mondiale reste un facteur de fond. Le Japon a relevé ses taux directeurs pour la première fois depuis plus d’une décennie, cassant les mécaniques de carry trade qui permettaient d’emprunter du yen à taux quasi nul pour investir dans des actifs risqués, Bitcoin inclus.

Des rumeurs circulent aussi autour de hedge funds en difficulté qui seraient contraints de liquider massivement leurs positions pour trouver de la liquidité. Certains investisseurs subissent des appels de marge sur d’autres actifs et se trouvent forcés de vendre leur exposition Bitcoin pour couvrir leurs pertes ailleurs.

Ce crash relance aussi le sempiternel débat sur les cycles de quatre ans du Bitcoin. Pour les partisans de cette théorie, on serait simplement à la fin d’un cycle haussier qui n’a jamais vraiment entraîné les altcoins avec lui. Pour d’autres, les cycles sont un artefact du passé et ne s’appliquent plus à un marché devenu institutionnel. Ce qui est certain, c’est que Bitcoin à 69 000 dollars reste à environ 50 % de son sommet historique au-dessus de 125 000 dollars, et que le réseau lui-même continue de fonctionner exactement comme prévu : un bloc toutes les dix minutes, des transactions qui circulent. La technologie n’a pas changé, seule la perception des investisseurs a bougé.