Blizzard intensifie sa communication autour de Lord of Hatred, la prochaine extension de Diablo 4. Après la cinématique "La Reine et le Saint" dévoilée par IGN, la chaîne officielle Diablo publie une nouvelle littéraire animée intitulée "Sur les ailes du cauchemar" (On Nightmare's Wings). On y retrouve Neyrelle, seule, perdue dans les montagnes glacées, confrontée à l'ombre grandissante de Méphisto.
L'ombre de Méphisto
C'est la Reine Oracle qui ouvre ce récit. Sa voix porte le poids de ce qui est, de ce qui fut et de ce qui sera. À travers ses mots, on découvre le quotidien de Neyrelle, une voyageuse rongée par le doute malgré un optimisme tenace.
Neyrelle a marché de longues lieues ce jour-là. Éveillée comme endormie, elle avance sans relâche. L'espoir a toujours été son armure, mais les fils commencent à se défaire. Aucun chemin ne la mène vers ces prairies verdoyantes où la lumière danse et où l'ombre n'est qu'une simple absence de clarté.
À chaque pas, elle sent qu'elle s'éloigne de la vérité. De sa mission. Méphisto monte en puissance. Ça, elle le sait avec certitude. Son pouvoir grandit à chaque instant, chaque jour un peu plus. Face à cette menace qui enfle, Neyrelle se sent rapetisser. La direction s'efface. La raison d'avancer aussi. L'espoir s'amenuise.
Depuis le début de son périple, elle s'est forcée à apprendre davantage. Déchiffrer les secrets que seuls les érudits les plus acharnés parviennent à exhumer. Ce savoir l'a protégée dans chaque combat. Mais ces derniers temps, le doute la ronge comme un ver affamé qui creuse dans son esprit.

Quand la nuit tombe, Neyrelle installe son camp dans un passage étroit des Pics Fracturés. Elle monte un grand feu, s'assoit tout près, des fourrures serrées autour d'elle pour repousser le vent glacial. Même avec ses vêtements superposés, l'air s'infiltre entre les coutures de son pourpoint et mord sa peau.
Autour d'elle, le vent hurle avec la voix des ténèbres. Il fait surgir des images de spectres gelés, en quête de chaleur vivante. Chaque nuit ressemble à la précédente.
Le feu dans les Pics Fracturés

Chaque camp, chaque nuit, chaque aube se ressemble. La route a effacé tout ce qui donnait un sens à la vie. Neyrelle fixe les flammes du feu de camp, immobile. Le désespoir l'étouffe. Quelle récompense l'attend au bout de tant de chemins parcourus ? Quel prix pour les batailles livrées et les proches perdus ?
"A-t-il déjà gagné ?" murmure-t-elle à la Pierre d'Âme, grelottante dans son sac de couchage. Le froid ne lui laisse aucun répit. Il s'infiltre, aspire sa chaleur. Avec elle, sa confiance et son optimisme se fissurent, s'effritent flocon après flocon dans la nuit impitoyable.
"Est-ce mon purgatoire ? Croire que je me bats pour le bien, alors que je ne fais que consumer mes années." La question tourne en boucle. Neyrelle ne trouve pas de réponse. La solitude pèse autant que le froid. Elle se demande si chaque pas en avant ne fait que prolonger une défaite déjà scellée.
Un corbeau se tient sur un rocher fendu, juste au-delà du feu. Ses yeux anciens débordent de savoir, mais l'oiseau de nuit ne lui offre aucune réponse. Neyrelle ferme les yeux, les serre fort. Si seulement elle était la pie que sa mère avait baptisée. Si seulement elle pouvait parler à ce corbeau dans un langage qu'ils comprendraient tous les deux.
Lestée par les pensées les plus lourdes qu'elle possède, Neyrelle sombre dans un sommeil profond et sombre. Les cauchemars l'y attendent. La nuit vire au noir total. Le froid se fait délibéré, vicieux, plus intense encore.
Un rêve troublant
Neyrelle réalise soudain qu'elle n'est pas seule. Assis près d'elle, impossible et pourtant bien là : Donan. Sa barbe grisonnante, ses yeux bienveillants, ses cicatrices et ses rides creusées par le rire. La joie explose dans sa poitrine. Elle crie son nom, tend les mains vers lui.
Donan a un mouvement de recul, bref, presque imperceptible. Puis il se laisse toucher. Mais dès que Neyrelle saisit ses mains, l'horreur la traverse comme une décharge. Ses doigts sont froids comme la terre d'un cimetière. Des veines noires courent le long de ses bras, tordues, semblables aux racines d'arbres mourants.
"Qu'est-ce que c'est ?" souffle-t-elle, horrifiée. "Tu es malade ?" Donan retire ses mains. Le geste n'a rien de brutal, mais rien de doux non plus. Une hostilité sourde transparaît dans la façon dont il ajuste ses manches par des mouvements secs et nerveux. "Ce n'est rien", dit-il simplement.
Quand il sourit, Neyrelle reconnaît ce vieux sourire familier. Pourtant quelque chose cloche. Le rictus semble filtré par un voile invisible. Il donne à son visage un éclat de prédateur, lupine et froid, qui n'offre aucun réconfort.
"Tu as bonne mine, mon amie", murmure Donan. "Combien de temps cela fait-il ? On dirait une éternité." Mais il n'attend pas sa réponse. Toujours paré de ce sourire de loup, il enchaîne aussitôt. Les routes qu'ils ont parcourues ensemble. Les lieux qu'ils ont traversés. Ce qu'ils ont accompli, séparément et côte à côte. Neyrelle écoute ce récit si complet de leur histoire commune. Entendre la somme de tout ce qu'elle a vécu la fait se sentir vieille, usée.
La noirceur de Donan
Tant de batailles. Tant d'amis enterrés en chemin. Cette pensée frappe Neyrelle de plein fouet, et elle sent ses épaules ployer sous le poids de cette réalité. Donan semble lire en elle. Son visage glisse vers la tristesse, mais sans effacer complètement ce sourire étrange. Un long soupir s'échappe de ses lèvres. Puis il secoue la tête et plonge son regard dans la nuit.
"Je suppose que notre temps touche à sa fin, n'est-ce pas, Neyrelle."
Elle ne comprend pas. Que veut-il dire ? Donan, sans répondre, porte un ongle étrangement long à sa barbe et en trace les contours. Quand il regarde cet ongle, quelque chose y luit. Pas du sang, pas de la sueur. Une noirceur intense, la même que celle qui serpente dans les veines de ses bras. Le vieil homme hoche la tête comme si ce constat ne le surprenait pas le moins du monde.
Ce qui glace Neyrelle, c'est l'absence de détresse sur son visage. Pire encore : elle croit y déceler une pointe d'amusement. Cette incertitude rend la nuit plus froide, plus sombre.
"Oui, dit-il. Il est temps de tout lâcher." Son regard se fait pénétrant. "Tu n'es pas fatiguée ? Toi entre tous, tu devrais savoir que la guerre survit toujours au guerrier."
"Je ne suis pas une guerrière, proteste-t-elle. Je suis une érudite." Donan laisse échapper un rire amer. "Raison de plus pour mettre fin à ce voyage." Ces mots tombent sur Neyrelle comme des pierres. Son corps s'affaisse sous leur poids. Le froid l'appelle, lui tend les bras. Il lui offre la paix du sommeil éternel comme récompense pour tout ce qu'elle a enduré dans sa guerre contre le mal.
La tentation de l'abandon
Neyrelle n'a plus la force de mentir. "Je suis si lasse", avoue-t-elle. "C'était une route impossible à parcourir. Si on me laissait le choix, je ne voudrais pas la refaire." Les mots sortent comme un soupir, celui d'une voyageuse à bout de souffle.
Mais quelque chose dans le regard de Donan la hérisse. Ses yeux brillent d'un éclat qu'elle n'aime pas. Alors elle se reprend, la voix tranchante comme une lame de pierre : "J'ai dit que je ne le voudrais pas. Pas que je ne le pourrais pas."
Donan hoche la tête. "Le mal est éternel. Il perdure, et nous consumons nos années de mortels à tenter de vaincre ce que nous ne pourrons jamais espérer renverser." Neyrelle ouvre la bouche pour répondre, mais les mots se bloquent dans sa gorge.
"Il n'y a plus rien que tu puisses faire", assène Donan. Et c'est là qu'elle les remarque : des lignes noires, fines et sinueuses, qui grimpent depuis le col de sa chemise de laine. Elles remontent le long de son cou, lentement, comme des veines empoisonnées. Avec l'extension Lord of Hatred qui approche, Méphisto semble resserrer son emprise jusque dans les rêves de ceux qui lui résistent.
"Combien de fois as-tu réellement réussi sur ces routes ? Où t'ont menée tes errances sans fin, sinon au pied d'une tombe vide ?" Neyrelle reste muette. Donan secoue la tête. "Nell, prends un moment pour y réfléchir. Laisse ton esprit aiguisé se concentrer. Si tu le fais, tu verras qu'il est temps de céder."
Céder ? "Tu as perdu la raison ?" lâche-t-elle. "Non, répond-il, sa voix prenant soudain un tranchant nouveau. Je dis la vérité que tu fuis sans cesse." "Jamais je n'accepterai ça, claque Neyrelle. Si des gens comme nous cessent de résister, alors tout est perdu."

Donan la fixe. "Qu'est-ce qui est perdu, au juste ? Tu voudrais mourir avec panache dans un combat qui a toujours été perdu d'avance."
Face au démon
La noirceur qu'elle percevait en lui s'intensifie d'un coup. Le blanc de ses yeux fond, emportant la couleur de ses iris. Tout devient noir, noir comme les ailes des oiseaux de nuit. Sa bouche sourit encore, mais plus aucune chaleur n'habite ce rictus. Seulement de la cruauté.
"Nel, regarde la vérité en face", lâche-t-il d'un ton plus proche du grondement animal que de la voix humaine. "La vérité, c'est que tout ce que tu aimes finit par mourir."
L'obscurité le recouvre entièrement. Elle suinte de ses yeux comme des larmes, dégouline des coins de sa bouche en traînées épaisses. Et dans la voix d'un démon, il murmure : "Méphisto ne peut pas être vaincu. Pas par des mortels. Certainement pas par toi."
Nel se relève en titubant. "Non", gronde-t-elle. "Jamais je n'abandonnerai." "Les héros aussi meurent."
Malgré tout ce qu'elle ressent pour Donan, Neyrelle lui envoie son poing en plein visage. Elle veut faire voler en éclats ce sourire venimeux.
Neyrelle frappe l'apparition
Le réveil brutal sur les braises
L'impact ressemble à un coup porté dans la fumée. Son poing traverse l'apparition sans rencontrer la moindre résistance, et l'élan la déséquilibre. Elle hurle en basculant hors du cauchemar, droit sur les braises encore brûlantes du feu de camp.
Nel s'écarte en rampant, tapant sur les flammes qui lèchent sa couverture. La nuit est immense, sombre. Le monde retient son souffle. Neyrelle est seule. Seule avec le corbeau perché sur son rocher, qui la fixe de ses yeux vides. Accroupie, haletante, terrifiée et furieuse à la fois, elle serre les dents. Pour les joueurs qui suivent l'histoire de l'extension, cette scène rappelle les thèmes explorés dans le gameplay early access du Warlock Mastermind, où la corruption de Méphisto s'infiltre dans chaque recoin de Sanctuaire.
"Jamais je n'abandonnerai", dit-elle avec toute la vérité que porte son coeur brisé. "Jamais."
Dans le regard du corbeau, quelque chose d'ancien observe. Quelque chose de terrible approche.
Quelque chose de terrible approche.




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