
Il y a treize mois, Elon Musk écrivait sur X que la Lune était « une distraction » et que SpaceX irait directement sur Mars, sans détour. Le 9 février 2026, le même homme annonce exactement l’inverse : SpaceX recentre toute sa stratégie sur la construction d’une ville autonome sur la Lune. Un revirement à 180° que personne n’a vu venir, dont le post a cumulé 46 millions de vues en quelques heures — et dont les conséquences dépassent largement le secteur spatial. Parce que pour comprendre pourquoi Musk pivote vers la Lune, il faut aussi comprendre ce que font Tesla, Starlink et xAI en ce moment même.

Moonbase Alpha : Musk abandonne Mars pour la Lune (et voici pourquoi)
Ce revirement n’est pas un caprice. Il repose sur une réalité logistique concrète. Une fenêtre de lancement vers la Lune s’ouvre tous les 10 jours, avec un trajet de 2 jours. Pour Mars, il faut attendre l’alignement des planètes toutes les 26 mois, puis compter 6 à 8 mois de voyage. L’écart en termes de vitesse d’itération est colossal.
Sur la Lune, SpaceX peut échouer, corriger et relancer en quelques semaines. Sur Mars, chaque erreur coûte deux ans. Musk l’a clarifié lui-même : la motivation profonde de ce changement est la peur. Pas une peur irrationnelle, mais la conviction qu’une catastrophe naturelle ou humaine pourrait un jour menacer la civilisation terrestre. La Lune offre un refuge rapidement accessible. Mars est encore trop loin pour jouer ce rôle à court terme.
Le projet a déjà un nom que les fans de science-fiction reconnaîtront : Moonbase Alpha, référence à la série Cosmos 1999. Musk envisage d’utiliser le gigantesque volume pressurisé de Starship comme habitat lunaire — une sorte de Skylab amélioré posé sur la surface de la Lune. Et selon TechCrunch, la vision va encore plus loin : la base servirait à fabriquer des satellites dopés à l’IA et à construire une infrastructure informatique de pointe hors de la Terre, dans le cadre d’une convergence inédite entre SpaceX et xAI.

Starship V3 : la nouvelle génération qui change tout
Ce qui rend ce scénario crédible, c’est Starship dans sa version 3. Le 12e vol d’essai, premier de cette nouvelle itération, est prévu pour début mars 2026. Le Booster 19 a déjà passé plusieurs tests cryogéniques. Cette version intègre les moteurs Raptor 3, capables de générer 280 tonnes de poussée chacun — soit 50 tonnes de plus que la génération précédente.
L’objectif à long terme est de ramener le coût d’accès à l’espace à moins de 220 dollars par kilogramme, contre plusieurs milliers aujourd’hui. À ce rythme, envoyer des dizaines de tonnes d’équipements vers la Lune toutes les 10 jours devient économiquement viable. C’est la condition préalable à tout le reste : sans fusée massivement réutilisable et bon marché, la base lunaire reste une fiction.
Mais construire une base lunaire ne se fait pas qu’avec des fusées. Il faut des machines autonomes, des robots capables d’opérer dans un environnement hostile. C’est là que la vision de Musk prend une dimension entièrement nouvelle — et que Tesla entre dans l’équation.

Tesla Semi et Roadster : les deux projets fantômes qui reviennent
Le 9 février 2026, Musk a confirmé deux programmes longtemps repoussés. Le Tesla Semi entrera en production à haut volume cette année. Tesla vise 50 000 unités par an d’ici fin 2026, déclinées en deux versions : autonomie standard de 525 km et longue portée de 800 km. Les deux consomment environ 1,7 kWh par km et peuvent récupérer 60 % de leur charge en 30 minutes grâce aux Tesla Megachargers. Les premières unités avaient été livrées à PepsiCo et DHL pour des tests pilotes. Cette fois, il s’agit de passer à l’échelle industrielle.
Le second programme est le nouveau Tesla Roadster. Début février, Tesla a déposé deux nouvelles marques auprès de l’USPTO, dont l’une représente une silhouette triangulaire composée de lignes courbes — le premier indice visuel officiel lié au design depuis le concept de 2017. Musk a annoncé une présentation le 1er avril 2026, avec un démarrage de production entre 12 et 18 mois plus tard. Et depuis 2018, il promet que le Roadster intégrera des propulseurs à gaz froid issus de la technologie spatiale, pour un 0 à 100 km/h en environ une seconde.
Mais la vraie surprise de la semaine est venue non pas de Californie, mais d’une revue française. Le 6 février 2026, Auto Plus publiait son classement annuel de fiabilité. Et pour la première fois de son histoire, Tesla détrône Toyota, se hissant en tête du palmarès toutes motorisations confondues. La marque, qui n’était même pas classée l’année précédente faute de données suffisantes en France, arrive première sur des critères de pannes prématurées réelles signalées en 2025. La simplicité de l’architecture électrique — bien moins de pièces mobiles — se traduit directement en moins de problèmes. Pour Tesla, cette crédibilité arrive au moment parfait : quand on lance un camion électrique pour les flottes commerciales, la fiabilité vaut autant que la performance.

Starlink : la machine à cash discrète qui finance tout l’écosystème
Derrière toutes ces ambitions se cache un moteur financier que l’on mentionne rarement à sa juste valeur. Selon le rapport OCLA publié début février 2026, Starlink représente désormais 97 % des satellites en orbite basse dans le monde au troisième trimestre 2025. ViaSat et HughesNet, les deux concurrents historiques, ne totalisent même pas 3 % ensemble.
Avec plus de 9 millions d’abonnés dans 155 pays, plus de 1 070 satellites en orbite et un rythme de lancement inégalé — 123 missions Starlink en 2025 — SpaceX a transformé un projet expérimental en infrastructure mondiale critique. Lors de la panne de courant qui a frappé l’Espagne et le Portugal en avril 2025, Starlink a maintenu la connectivité quand les réseaux terrestres ont flanché. Ce n’est plus un service internet alternatif : c’est un filet de sécurité mondial.
Et c’est cette manne financière qui finance tout le reste. Selon plusieurs estimations, les contrats NASA ne représentent plus que 5 % des revenus de SpaceX. L’essentiel viendrait de Starlink, avec des estimations allant de 50 à 80 % des revenus totaux. Cet argent finance directement le développement de Starship, le rythme de lancement, la fabrication de satellites — et désormais l’infrastructure nécessaire à la base lunaire. Si vous suivez les développements autour du Tesla Phone et l’intégration Starlink, vous commencez à voir les contours de cette stratégie dans votre quotidien.

La convergence Musk : stratégie cohérente ou pari risqué ?
Quand on prend du recul, la stratégie devient presque dérangeante de cohérence. Starlink génère les revenus → ces revenus financent Starship → Starship transporte la masse → Tesla fournit les robots Optimus → la Boring Company creuse les habitats souterrains → la Lune devient le terrain d’entraînement avant les premières missions vers Mars dans 5 à 7 ans. Les robots humanoïdes comme Atlas de Boston Dynamics montrent déjà la voie : l’automatisation industrielle est déjà là, et Optimus n’est plus si lointain.
Il faut cependant rester sceptique sur les délais. Musk a une longue tradition de promesses trop optimistes. Le Roadster devait sortir en 2020. Le Semi en 2019. Mars était censée être à notre portée en 2024. Starship a connu plusieurs échecs catastrophiques lors de ses vols d’essai. Et selon Scientific American, plusieurs jalons critiques ont régulièrement glissé. La révolution des batteries solid-state illustre bien ce phénomène : les promesses technologiques précèdent souvent la réalité industrielle de plusieurs années.
Ce qui a changé, en revanche, c’est l’échelle des ressources disponibles. SpaceX est valorisé près de 1 000 milliards de dollars, prépare avec xAI ce qui pourrait être la plus grande introduction en bourse de l’histoire américaine, Starlink est rentable, Tesla produit des millions de véhicules par an. Les pièces du puzzle sont déjà là. La question n’est plus vraiment de savoir si c’est possible. Elle porte désormais sur quand ces pièces s’assembleront — et sur ce que cela signifie pour les dix prochaines années.




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