Prix de la RAM en 2026 : OpenAI Recule, les Tarifs Commencent-ils Vraiment à Baisser ?

Kit Corsair Vengeance RGB DDR5 64 Go affiché à plus de 1000 livres sterling
Constat
64 Go de DDR5 Corsair Vengeance à plus de 1 000 livres sterling — le prix actuel de la mémoire vive a atteint des sommets historiques.

Article de Kami

Les prix de la mémoire vive sont-ils enfin en train de baisser ? Sur le papier, oui. Dans les faits, c’est beaucoup plus compliqué. Après une année de hausse vertigineuse alimentée par la demande insatiable des centres de données IA, les premiers signes de stabilisation apparaissent. Mais quand un kit de DDR5 passe de 490 à 370 livres sterling après être parti de 87, peut-on vraiment parler de baisse ? Entre les difficultés financières d’OpenAI, l’abandon de projets pharaoniques et les effets domino sur l’ensemble de l’industrie électronique, la situation du marché de la RAM en 2026 mérite une analyse bien plus nuancée que les gros titres ne le laissent entendre.

OpenAI et la crise de la mémoire : 40% de la production mondiale

Pour comprendre pourquoi votre prochaine barrette de RAM coûte aussi cher, il faut remonter à octobre 2025. OpenAI a signé un accord colossal avec Samsung et SK Hynix pour s’assurer la livraison de 900 000 wafers DRAM par mois. Ce volume représente environ 40% de la production mondiale de DRAM. Le tout pour alimenter le projet Stargate, l’infrastructure IA censée propulser les prochaines générations de modèles de langage.

Le problème, c’est qu’OpenAI a réservé des capacités de production qui n’existent même pas encore. L’entreprise s’est engagée sur des milliards de dollars de commandes futures sans disposer des fonds nécessaires pour les honorer.

Centre de données IA avec des racks de serveurs et modules mémoire

Comme l’a décrit notre analyse de la crise mondiale de la RAM, cette situation a déclenché une réaction en chaîne sur l’ensemble du marché.

Face à la pression de ses investisseurs et à la montée de concurrents comme Anthropic (créateur de Claude), OpenAI a commencé à réduire la voilure. L’entreprise a fermé Sora, son application de génération vidéo soutenue par Disney, jugée trop coûteuse. Elle a également annulé un accord de plusieurs milliards avec Oracle pour l’extension d’un centre de données Stargate au Texas. Le plan initial de Sam Altman — investir 1 400 milliards de dollars dans les data centers — a été ramené à environ 600 milliards. Un chiffre qui reste astronomique, mais qui témoigne d’un véritable coup de frein.

L’état du marché : des prix encore stratosphériques

Graphique PCPartPicker montrant la hausse brutale des prix de la DDR5-4800
Source : PCPartPicker
Évolution du prix moyen de la DDR5-4800 (2×16 Go) en livres sterling sur 18 mois. La courbe noire montre une hausse brutale à partir de fin 2025.

Selon le cabinet d’analyse TrendForce, les prix de la RAM ont augmenté d’environ 700% en un an. Pour les consommateurs, les chiffres parlent d’eux-mêmes : un kit DDR5 de 64 Go signé Corsair Vengeance s’affiche désormais à plus de 1 000 livres sterling. C’est un tarif qui relevait de la science-fiction il y a encore 18 mois.

Les données de PCPartPicker sont éloquentes. Sur les graphiques de prix de la DDR5-4800 et DDR5-6000, on observe un schéma identique : une ligne relativement stable autour de 100 livres pendant des mois, puis une explosion soudaine vers des niveaux deux à six fois supérieurs à partir de l’automne 2025. Pour ceux qui cherchent à choisir un kit DDR5 pour leur PC gaming, le contexte n’a jamais été aussi défavorable.

Un kit DDR5 132 Go s’affiche actuellement à 370 livres sur Amazon, en baisse par rapport au pic récent de 490 livres. Mais n’oublions pas le point de départ : ces mêmes modules se vendaient autour de 100 livres il y a un an. La perspective d’une « baisse » doit être mise en regard de cette réalité.

Les premiers signes de baisse : réalité ou illusion ?

Historique des prix Amazon pour la Corsair Vengeance DDR5 via CamelCamelCamel
Source : CamelCamelCamel
Prix Amazon de la Corsair Vengeance DDR5 32 Go 6000 MHz : de 87 $ à un pic de 439 $, puis une légère redescente à 369 $. La baisse existe, mais reste dérisoire face à la hausse initiale.

Les titres optimistes ne manquent pas : « Les prix de la RAM baissent enfin ! ». Techniquement, ce n’est pas faux. Certains kits DDR5 ont vu leur tarif reculer de 75 à 100 livres sterling. WCCF Tech rapporte même les premières baisses significatives depuis plusieurs mois. Mais il faut replacer ces chiffres dans leur contexte.

Prenons l’exemple concret de la Corsair Vengeance RGB DDR5 32 Go 6000 MHz sur Amazon. Son prix le plus bas historique était de 87 dollars. Il a grimpé jusqu’à 439 dollars, avant de redescendre à 369 dollars. Oui, il y a une baisse de 70 dollars. Mais le prix reste quatre fois supérieur à ce qu’il était il y a quelques mois. Qualifier cela de « bonne nouvelle » demande un sacré optimisme.

Ce qu’on observe sur l’ensemble des graphiques, c’est davantage une stabilisation qu’une véritable correction. Les courbes ne montent plus, mais elles ne redescendent pas non plus vers leurs niveaux d’avant la crise. Pour Francisco Geronomo, analyste chez IDC, il est « trop tôt pour dire s’il y aura une baisse durable des prix ». Mais il ajoute que si les contrats d’OpenAI ne sont pas honorés et que les investissements sont réduits, cela pourrait soulager le marché — et ce serait une bonne chose pour l’industrie de l’électronique grand public.

Sony, Micron et les dommages collatéraux industriels

Les conséquences de cette crise ne se limitent pas aux prix de vente. Des acteurs majeurs de l’industrie sont directement touchés. Sony a suspendu la quasi-totalité de ses commandes de cartes mémoire. Le géant japonais, qui fabrique des cartes flash pour appareils photo et autres équipements, a indiqué ne plus disposer de la capacité ni des matières premières nécessaires à leur production. Un signal particulièrement inquiétant pour l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.

Du côté américain, Micron a abandonné sa marque grand public Crucial. L’un des plus grands fabricants mondiaux de mémoire a décidé de ne plus produire de RAM destinée aux consommateurs. Le calcul est simple : vendre de la mémoire aux géants de l’IA est infiniment plus rentable que d’approvisionner le marché du PC.

Ligne de production de semi-conducteurs et puces mémoire

Cette double dynamique — demande IA en hausse et offre consommateur en baisse — crée un effet ciseau redoutable. Même si OpenAI réduit ses commandes, la contraction de l’offre maintient une pression durable sur les tarifs.

Consoles, smartphones, PC : tout le monde paie la facture

La crise de la mémoire ne concerne pas que les monteurs de PC. Ses effets se propagent à l’ensemble de l’électronique grand public, et les consommateurs vont le sentir passer.

PlayStation 5 est en première ligne. La PS5 Pro est sur le point de subir une hausse de prix conséquente, et on observe déjà une ruée sur les stocks actuels — la console est actuellement l’un des articles les plus vendus sur Amazon, les acheteurs anticipant l’augmentation imminente. À l’époque des PS1, PS2 et PS3, les consoles devenaient moins chères avec le temps. En 2026, c’est l’inverse : acheter au lancement est devenu la meilleure affaire.

Appareils électroniques grand public impactés par la hausse des prix

Comme l’avait anticipé notre article sur l’impact de la production GPU NVIDIA sur les consoles, la pénurie de composants redessine entièrement l’économie du gaming.

Côté mobile, l’IDC prévoit une hausse des prix des smartphones allant jusqu’à 8% en 2026, entraînant une chute significative des ventes. Pire encore : certains fabricants envisagent de réduire la quantité de mémoire dans les nouveaux appareils pour contenir les coûts. Des téléphones plus chers ET moins performants — on marche littéralement à reculons.

Valve n’est pas épargnée non plus. La Steam Machine, très attendue par la communauté PC, verra son prix largement dépasser les 1 000 livres sterling. La mémoire à elle seule représenterait près de la moitié du coût total de la machine. Et comme nous l’avions détaillé dans notre dossier sur la pénurie de RAM et son impact sur le développement des jeux vidéo, les studios eux-mêmes sont contraints de repenser leurs ambitions techniques.

Google TurboQuant : l’espoir d’une optimisation IA

Visualisation abstraite de la compression et optimisation de modèles IA

Reste une lueur d’espoir du côté de l’optimisation technologique. Google a développé TurboQuant, une technique permettant de faire tourner les modèles d’intelligence artificielle avec moins de mémoire. Le principe : compresser les modèles pour qu’ils utilisent les ressources de manière plus efficiente, aussi bien à l’entraînement qu’à l’inférence.

Si les modèles IA ont besoin de moins de RAM pour fonctionner, la pression sur le marché devrait logiquement diminuer. Mais cette analyse est probablement trop simpliste. L’histoire de la tech montre que les gains d’efficacité sont systématiquement absorbés par une montée en puissance : si un modèle fonctionne avec moins de mémoire, les entreprises ne vont pas commander moins de RAM — elles vont construire des modèles encore plus gros avec la même quantité.

Le véritable facteur de baisse reste la capacité financière d’OpenAI à honorer ses engagements. Si l’entreprise ne peut pas payer les 40% de production mondiale qu’elle a réservés, ces wafers seront remis sur le marché et les prix pourraient se détendre. Mais même dans ce scénario optimiste, un retour aux tarifs d’avant-crise semble improbable à court terme. Les fabricants ont goûté aux marges colossales du marché IA, et le consommateur final risque de rester le dernier servi pendant encore longtemps.