
Depuis le 18 août, un compte nommé CyberLeek diffuse des séquences de GTA 6 qu’aucun joueur n’était censé voir avant novembre. Le 20 août, il a publié un extrait où Jason écrit le mot « LEEK » sur un mur, à balles réelles. Le détail paraît puéril. Il change pourtant la nature de l’affaire.
Personne ne peut écrire au pistolet sur un mur avec une vidéo qu’on lui a transmise. Pour faire ça, il faut tenir la manette. CyberLeek possède donc une version jouable du jeu, et il tient à ce que tout le monde le sache.
Ce qui est prouvé, et ce qui ne l’est pas
Les vidéos sont authentiques. La preuve la plus solide ne vient pas d’une analyse d’image : elle vient de Take-Two, qui envoie des réclamations pour droits d’auteur afin de faire retirer ces séquences des plateformes. On ne mobilise pas un service juridique contre un faux.
Au-delà de ça, la liste de ce qu’on ignore est plus longue que celle de ce qu’on sait. Personne ne sait comment cette version est sortie de chez Rockstar. Personne ne sait de quand elle date : les estimations vont de fin 2023 à 2025 selon les sources, sans qu’aucune n’apporte de preuve. Et Rockstar n’a rien dit du tout, se contentant d’agir par voie de retraits.

CyberLeek affirme par ailleurs être lié à Arion Kurtaj, l’adolescent qui avait fait fuiter 90 vidéos de GTA 6 en 2022 depuis une chambre d’hôtel, avec un téléphone et une clé Amazon Fire. Aucun élément indépendant ne vient étayer ce lien. Il vaut ce que vaut la parole de son auteur, et Kurtaj est en prison : transféré d’un hôpital psychiatrique sécurisé vers un établissement pénitentiaire en juillet, il attend un nouveau procès prévu en novembre 2026, le mois de la sortie du jeu.
Ce que les fuites racontent de GTA 6
Nous ne publions pas ces images, qui font l’objet de retraits actifs. Leur contenu, lui, se décrit sans difficulté. Comme il s’agit de choses que Rockstar n’a pas encore montrées, nous les avons rangées derrière un bouton.
⚠Attention spoilers Carte, systèmes de jeu, mécaniques : tout ce qui suit vient des fuites et n’a pas été dévoilé par Rockstar. Cliquez pour afficher. Cliquez de nouveau pour masquer cette section.
Une carte complète de Leonida, découpée en cinq comtés nommés : Lummox, Kelly, Leonard, Vice-Dale et Mariana. Elle s’étend des rues de Vice City à des marécages, des reliefs et un chapelet de petites îles.
Un système d’honneur, cousin de celui de Red Dead Redemption. Avec une bonne réputation, les commerçants baissent leurs prix et certains personnages soufflent l’emplacement de caches. Avec une mauvaise, la police devient plus nerveuse et les prix grimpent.
Deux porte-monnaie, pas un
Les séquences montrent une double monnaie : l’argent qu’on a sur soi et celui rangé au coffre. Se faire braquer ne viderait donc plus qu’une partie de la fortune du joueur. S’y ajoutent une jauge d’endurance, un niveau de recherche à six étoiles et une gestion du carburant des véhicules.

Une réserve s’impose sur tout ce qui précède. Dès que les premiers extraits ont circulé, des vidéos fabriquées par intelligence artificielle et de vieilles images de 2022 se sont mises à tourner sous la même étiquette. Les clips d’origine tiennent la route ; ce qui est apparu ensuite mérite beaucoup plus de prudence.
Un manifeste, et un grief qui tient debout
CyberLeek ne se présente pas en pirate mais en militant. Son texte réclame la fin des précommandes dématérialisées et exige que les jeux solo restent jouables hors ligne quand leurs serveurs ferment. Il promet d’arrêter le jour où Rockstar et Take-Two publieront des excuses assorties d’un engagement concret.
Le plus gênant, c’est que le grief est fondé. GTA 6 sort le 19 novembre sans disque. Les boîtes vendues en magasin ne contiendront qu’un code de téléchargement, et selon les informations de la presse américaine, aucun pressage n’est prévu par la suite. Deux distributeurs ont déjà annoncé qu’ils refuseraient de vendre le jeu tant qu’il n’existera pas sur support.

La cryptomonnaie qui abîme le discours
En parallèle du manifeste, CyberLeek vend un jeton Solana à son nom. Les relevés d’échange montrent qu’il était actif dès le 15 août, soit trois jours avant que les premières séquences ne sortent. La chronologie se lit toute seule : la monnaie était prête avant le scandale qui devait lui donner de la valeur.
CyberLeek est allé plus loin en demandant aux détenteurs du jeton de payer pour choisir quel document confidentiel serait diffusé ensuite. Un militant qui monnaie l’ordre de ses propres révélations exerce un autre métier.
Le mouvement Stop Killing Games, dont CyberLeek emprunte pourtant le vocabulaire, s’en est publiquement démarqué. Ross Scott, qui l’anime, a demandé à ses soutiens de n’envoyer aucun argent, et rappelé qu’une diffusion volée n’aide pas la préservation du jeu vidéo : elle nuit aux équipes qui l’ont fabriqué, sans rien préserver du tout.

Le 27 août, Rockstar reprend la parole
Ce calendrier n’a rien d’un hasard. Rockstar diffuse jeudi 27 août son Extended Look, en avant-première sur Netflix à 21 heures en France, puis sur YouTube six heures plus tard, soit 3 heures du matin dans la nuit de jeudi à vendredi. Ce sera la première vraie démonstration de GTA 6 en action, après trois bandes-annonces consacrées au décor et aux personnages.
CyberLeek a commencé à publier neuf jours avant cette date. Il a donc choisi de parler par-dessus l’éditeur, pendant la seule fenêtre où l’attention du public lui était garantie.

Rockstar n’en est pas à sa première alerte : le studio avait déjà été visé par une fuite de 78 millions d’enregistrements en avril, et Take-Two répète depuis des mois que la sortie de GTA 6 est verrouillée et que la date de novembre ne bougera plus. Jeudi, le studio montrera ce qu’il avait préparé. Une partie en aura déjà été racontée par quelqu’un d’autre.




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