
Le prix de la RAM a quadruplé en moins d’un an. Un kit de 32 Go de DDR5 qui coûtait environ 100 dollars en septembre 2025 dépasse aujourd’hui 400 dollars. La cause tient en trois lettres : les fabricants ont réorienté leurs usines vers la mémoire des cartes accélératrices d’IA, qui se vend beaucoup plus cher. Et le retour à la normale n’est pas attendu avant 2028.
Le prix de la RAM aujourd’hui, en chiffres
Un kit de 32 Go de DDR5 (Double Data Rate 5, la génération de mémoire vive des PC récents) ne se trouve plus sous 375 dollars. Sur un relevé de marché du 14 août 2026, la fourchette s’étend de 380 à 589 dollars, soit environ 11,88 à 18,41 dollars le gigaoctet.
Les capacités supérieures suivent la même courbe. Un kit de 64 Go affiche 679,99 dollars, quand un autre modèle DDR5-6000 grimpe à 849 dollars. Un kit de 96 Go se vend 1 799 dollars. Le haut de gamme, un DDR5-6400 de 128 Go, atteint 3 399 dollars. Le composant graphique subit la même logique : la RTX 5090, passée de 1 999 à 4 930 dollars, doit une bonne partie de sa flambée à cette même pénurie de mémoire.
Cette flambée n’est pas neuve. Le 6 novembre 2025, TechPowerUp rapportait déjà une hausse de 171,8 % en glissement annuel (comparaison du prix à un an d’écart) sur les prix de la DRAM (Dynamic RAM, la mémoire vive elle-même, DDR4 comme DDR5), d’après un rapport du cabinet CTEE. À cette date, un kit G.Skill Trident Z5 Neo RGB de 32 Go en DDR5-6000 CL30, vendu environ 106 dollars quelques mois plus tôt, s’affichait à 239 dollars sur Newegg. Les fabricants de modules comme Kingston et ADATA payaient alors 13 dollars pour des puces de 16 Go de DDR5 qui leur coûtaient 7 dollars six semaines plus tôt.

Le composant le moins cher d’un PC de jeu, longtemps relégué derrière le processeur et la carte graphique, est devenu en quelques mois l’un des plus chers.
Pourquoi : l’IA a mangé la production
Samsung, SK Hynix et Micron ont redirigé une bonne partie de leur capacité de production vers la HBM (High Bandwidth Memory, la mémoire à très haut débit qui équipe les cartes accélératrices d’intelligence artificielle), au détriment de la DDR5 grand public et de la mémoire flash NAND (le composant qui stocke les données dans les SSD). Cette capacité part chez Nvidia et les autres fabricants de puces IA, qui paient bien plus cher qu’un fabricant de barrettes pour PC. Une usine qui grave de la HBM pour un centre de données ne grave pas de DDR5 pour votre carte mère, et c’est ce déplacement de production qui fait grimper le prix de la RAM sur toutes les gammes grand public.
Les analystes appellent ce phénomène le « supercycle de la DRAM », une phase où la mémoire grand public est absorbée par la demande industrielle au point de créer des pénuries à grande échelle. Selon le dossier de Wccftech consacré à cette crise, l’offre actuelle ne couvre que 60 % de la demande, et les pénuries devraient se poursuivre jusqu’en 2027.

La production de cartes graphiques suit la même logique : les usines priorisent les centres de données, laissant peu de volume pour le marché grand public. Le lancement de la RTX 5080 Super de Nvidia a d’ailleurs été retardé en partie parce que le coût de la mémoire GDDR7 a environ triplé. Nvidia et AMD ont augmenté leurs tarifs cette année, avec une hausse d’environ 22 % constatée sur le marché chinois.
Un jalon daté de novembre 2025 illustre l’ampleur du basculement. Samsung et SK Hynix ne parvenaient alors à honorer que 70 % des commandes reçues. Les petits fabricants et distributeurs se voyaient promettre un taux de service (la part des commandes effectivement livrées) de seulement 35 à 40 % pour le premier trimestre 2026. Leur seule alternative : acheter au prix fort sur le marché au comptant, c’est-à-dire les achats ponctuels hors contrat annuel, facturés au tarif du moment, ou laisser leurs lignes de production à l’arrêt.
Le calendrier de sortie de crise s’est nettement rallongé depuis. Intel évoque désormais 2028 avant un retour à la normale. Silicon Motion avertit de son côté que la pénurie sur la DRAM, la NAND et la HBM se prolongera jusqu’en 2028. Les prévisions sont ainsi passées de quelques trimestres à plusieurs années, dans une industrie qui canalise ses moyens vers les milliards investis dans l’infrastructure de l’IA plutôt que vers la mémoire grand public.
Ce que ça change pour une configuration de jeu
Le surcoût se situe entre 280 et 490 dollars sur la seule mémoire vive, par rapport à l’an dernier. En euros, avec une conversion indicative et hors taxes, cela représente environ 260 à 450 euros de plus. Ceux qui hésitent entre plusieurs kits peuvent comparer les références dans notre comparatif de sept kits DDR5.
Sur les capacités hautes, la note grimpe vite : environ 630 euros pour 64 Go, 1 660 euros pour 96 Go, et près de 3 140 euros pour un kit de 128 Go en DDR5-6400. Le cabinet IDC prévoit une hausse de 4 à 8 % du prix moyen des PC en 2026, pénuries de mémoire et de stockage obligent. Certains assembleurs vendent désormais des PC préassemblés sans RAM, en laissant l’acheteur fournir le composant lui-même.
Monter une configuration aujourd’hui coûte structurellement plus cher qu’il y a un an, à performances égales. Passer sur une plateforme plus ancienne en DDR4 ne règle rien : cette mémoire est également touchée. Processeurs et stockage subissent aussi des tensions, mais rien d’aussi brutal que sur la mémoire vive. Le calendrier de la Steam Machine de Valve et de son casque Steam Frame, tous deux attendus en 2026, se joue dans ce même marché.
En mars, la question était de savoir si les prix baissaient
Le 31 mars 2026, nous publiions un article titré « Prix de la RAM en 2026 : OpenAI Recule, les Tarifs Commencent-ils Vraiment à Baisser ? ». Ce jour-là, nous nous demandions si les prix de la RAM commençaient à se détendre, alors qu’OpenAI venait de reculer sur une partie de ses commandes de composants.
Cinq mois plus tard, la réponse est tombée, et elle va dans l’autre sens. Le seuil des 400 dollars est dépassé sur une partie de l’offre, et le cabinet IDC anticipe encore 4 à 8 % de hausse sur le prix moyen d’un PC cette année.
Les signaux de détente de ces derniers mois venaient presque toujours d’acteurs qui avaient intérêt à rassurer le marché : un contrat renégocié, un client qui recule sur ses commandes. Les prix relevés en rayon, eux, ont continué de grimper pendant la même période. Quand une prévision contredit un relevé de prix, c’est le relevé qui a raison.
Le calendrier qui circule aujourd’hui promet une normalisation vers 2027 pour les estimations les plus optimistes. Intel et Silicon Motion, eux, parlent de 2028.




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