Mistral AI lève 3 milliards d’euros, Samsung mène le tour

Mistral AI : Le nombre 21 géant se détachant sur un ciel parisien au crépuscule, avec la mention Samsung en encart, pour illustrer la nouvelle valorisation en milliards d'euros de la start-up française d'intelligence artificielle.

Article de Kami

Vingt et un milliards d’euros. C’est la valorisation que les investisseurs donnent désormais à Mistral AI, trois ans après sa création à Paris. Le 8 septembre, l’entreprise a confirmé une série D de 3 milliards d’euros, menée par le groupe coréen Samsung Electronics. Une série D est le quatrième grand tour de financement d’une jeune pousse technologique, réservé en général aux sociétés déjà installées et prêtes à changer d’échelle. Selon le communiqué officiel de l’entreprise, il s’agit de « the largest equity fundraising round ever completed by a European technology company » (la plus grosse levée en capital jamais réalisée par une entreprise technologique européenne).

Page d'accueil du blog officiel de l'entreprise, affichant la carte d'annonce de la levée de fonds du 8 septembre 2026.
Mistral AI, blog officiel, 8 septembre 2026 : la carte « Mistral raises €3B to make sovereign, open-weight AI the technology frontier » (Mistral lève 3 milliards d’euros pour faire de l’IA souveraine et open-weight la frontière technologique).

Une série D à 21 milliards pour Mistral AI

La valorisation post-money de Mistral AI, celle calculée juste après l’entrée du nouvel argent dans les comptes de l’entreprise, dépasse désormais 21 milliards d’euros. Il y a un an, en septembre 2025, une série C menée par le fabricant néerlandais de machines à puces ASML avait valorisé la société à 11,7 milliards d’euros, rapporte Quartz. Le tour de mardi fait donc plus que doubler ce chiffre en douze mois.

Premiers paragraphes du communiqué officiel annonçant la série D de 3 milliards d'euros, avec Samsung Electronics en tête de la levée.
SourceMistral AI, communiqué officiel, 8 septembre 2026 : les premiers paragraphes de l’annonce, avec Samsung Electronics en tête de la levée et Scaleup Europe Fund (EQT) ainsi que PSG Equity en co-investisseurs.

TechCrunch convertit les montants en dollars, environ 3,58 milliards de dollars levés, pour une valorisation d’environ 24,39 milliards de dollars. Le tour associe Samsung Electronics en chef de file à deux co-investisseurs, le Scaleup Europe Fund géré par le fonds européen EQT et PSG Equity, déjà actionnaire de la société.

Qui a mis l’argent, de Samsung au Luxembourg

Trois nouveaux noms rejoignent la table des investisseurs, selon le communiqué de Mistral AI, repris par Quartz. Le fonds Advent, des comptes gérés par le géant américain de la gestion d’actifs BlackRock, et le Grand-Duché de Luxembourg lui-même font leur entrée au capital. Les actionnaires historiques restent nombreux à avoir remis de l’argent au pot. Parmi eux, a16z, ASML, Nvidia, Salesforce Ventures, Bpifrance, BNP Paribas CIB et Belfius, aux côtés de fonds comme General Catalyst, Lightspeed ou Index Ventures.

La suite des deux tours a une logique industrielle. La série C de 2025 était déjà menée par un industriel de la chaîne des semi-conducteurs, ASML. Avec Samsung Electronics en tête cette fois, ce sont deux poids lourds de la fabrication de puces qui portent tour à tour les levées de fonds de l’entreprise.

L’argent doit financer le calcul et les centres de données

L’entreprise vise un gigawatt de puissance de calcul en Europe d’ici 2030, rapporte TechCrunch. Un gigawatt, c’est l’unité dans laquelle se mesure désormais la puissance électrique des centres de données d’intelligence artificielle, ceux qui entraînent et font tourner les modèles.

Le PDG Arthur Mensch a détaillé la stratégie sur CNBC, dans des propos relayés par Quartz. Il veut posséder l’essentiel de ses machines plutôt que de louer de la capacité chez un tiers. « Long term, the plan is to fully rely on capacity that we are building ourselves » (à terme, le projet est de reposer entièrement sur la capacité que nous construisons nous-mêmes), a-t-il expliqué, en annonçant que le calcul détenu en propre par l’entreprise doit croître d’environ 100 % en cinq ans.

Sur le plan commercial, M. Mensch a annoncé que l’entreprise doit dépasser un milliard de dollars de revenu récurrent annuel avant la fin de l’année. Les investisseurs appellent ce chiffre l’ARR, l’argent que rapportent chaque année les contrats et abonnements déjà signés, celui sur lequel une entreprise peut compter d’une année sur l’autre. Il a ajouté que la levée de fonds accélère aussi la croissance prévue pour 2027.

Cette capacité prend déjà forme sur le terrain. Une dette de 830 millions de dollars a financé le centre de données de Bruyères-le-Châtel, près de Paris, équipé de 13 800 processeurs graphiques Nvidia GB300, des puces spécialisées dans l’entraînement des modèles d’IA. Un second site, en Suède, doit coûter 1,2 milliard d’euros, pour un total visé de 200 mégawatts de capacité européenne fin 2027.

Cette course à la puissance de calcul ne concerne pas seulement l’entreprise française, comme le montre la course au calcul que se livrent aussi les laboratoires américains. L’entreprise reste par ailleurs partenaire de Microsoft, un accord élargi en juillet, qui doit utiliser sa capacité européenne pour ses clients cloud et intégrer ses modèles dans Microsoft Foundry et Copilot Studio, précise Quartz.

Ce que Samsung veut faire de Mistral

Le fabricant coréen ne s’arrête pas au chèque. Selon SamMobile, sous la signature d’Asif Iqbal Shaik, l’accord prévoit d’intégrer les technologies de la société française, dont son grand modèle de langage Mistral Large, dans les opérations de semi-conducteurs de Samsung. Un grand modèle de langage, ou LLM, est un programme entraîné sur d’énormes quantités de texte pour comprendre et produire du langage.

L’objectif affiché est industriel. Samsung veut détecter les défauts de fabrication sur ses puces, optimiser ses équipements et stabiliser le rendement de ses usines les plus avancées, dans ses divisions fonderie, mémoire et logique. Les modèles resteraient hébergés sur site, à l’intérieur du réseau sécurisé de Samsung, pour que les données industrielles sensibles ne sortent jamais de l’entreprise coréenne.

L’accord a été dévoilé à Paris, lors d’un sommet d’État consacré à la coopération entre la France et la Corée du Sud, précise SamMobile.

Pas question d’un ChatGPT européen

TechCrunch le rapporte sans détour. L’objectif de l’entreprise n’est pas de construire un ChatGPT européen, même si ses modèles n’ont pas la notoriété grand public d’OpenAI. L’entreprise se pense toujours comme un laboratoire de recherche, pas comme une application destinée au grand public.

Article de TechCrunch signé Anna Heim sur la levée de fonds et la montée en puissance de l'IA souveraine.
TechCrunch, Anna Heim, 8 septembre 2026 : « Mistral raises €3B as sovereign AI becomes big business » (Mistral lève 3 milliards d’euros alors que l’IA souveraine devient une grosse affaire).

Une partie de la stratégie tient dans un mot, open-weight, poids ouverts en français. Les poids, ce sont les millions de paramètres numériques qui encodent ce qu’un modèle a appris pendant son entraînement. Les rendre publics permet à n’importe quelle organisation de télécharger le modèle et de le faire tourner sur ses propres machines, plutôt que de dépendre d’un accès distant chez un fournisseur.

Depuis août, les clients de la société peuvent choisir la région où leurs requêtes sont traitées. L’entreprise héberge désormais aussi des modèles tiers, y compris chinois, pour se positionner en fournisseur de services d’IA, pas seulement en concurrent d’OpenAI ou d’Anthropic. Anthropic, de son côté, se bat pour le contrôle de ses modèles face au Pentagone.

Le paradoxe du champion souverain

Le président français Emmanuel Macron a salué le tour sur X, évoquant la construction d’une « third way in AI » (troisième voie dans l’intelligence artificielle) entre la France et la Corée du Sud, rapporte TechCrunch. Le message illustre combien ce tour de table dépasse la seule sphère financière.

Article de Yahoo Finance signé Lena Park sur le paradoxe d'un champion européen de l'IA financé à l'international.
Yahoo Finance (Forkast), Lena Park, 8 septembre 2026 : « Mistral AI’s €3B Series D Makes It Europe’s Sovereign AI Champion, With a Paradox Built Into Its Foundation » (une série D de 3 milliards d’euros qui en fait le champion souverain de l’Europe en IA, avec un paradoxe inscrit dans ses fondations).

Yahoo Finance a repris l’information sous la signature de Lena Park, dans un article intitulé « Mistral AI’s €3B Series D Makes It Europe’s Sovereign AI Champion, With a Paradox Built Into Its Foundation » (une série D de 3 milliards d’euros qui en fait le champion souverain de l’Europe en intelligence artificielle, avec un paradoxe inscrit dans ses fondations).

Le paradoxe tient en une phrase. Mistral AI se présente comme le porte-drapeau d’une IA souveraine et européenne, mais sa table d’actionnaires réunit désormais un groupe coréen, un fabricant néerlandais de machines à puces, des fonds américains et un État du Benelux. TechCrunch la compare au mariage entre l’allemand Aleph Alpha et le canadien Cohere, une autre tentative de bâtir une alternative aux laboratoires américains à plusieurs pays.

Vingt pays, plus de 125 entreprises clientes, dont Airbus, ASML et HSBC. Trois ans après sa création, l’entreprise construit sa promesse de souveraineté avec des capitaux venus de Corée, des Pays-Bas, des États-Unis et du Luxembourg.