GPT-6 Astra et Fable 5.1 : deux modèles et le mot AGI

GPT-6 Astra : une étoile lumineuse flottant au-dessus d'un ordinateur portable, entourée d'écrans de code, sur un fond de papier déchiré

Article de Kami

Deux lancements en quarante-huit heures, et une question qui revient sur les deux : est-on entré dans l’ère de l’intelligence artificielle générale, l’AGI, ce stade hypothétique où une IA égalerait l’humain dans la plupart des tâches ? Anthropic met en ligne Claude Fable 5.1 le 1er septembre. OpenAI réplique le 3 avec GPT-6 Astra. Ni l’une ni l’autre entreprise ne tranche officiellement le débat. Le président d’OpenAI, lui, y répond en son nom propre, en pleine conférence de presse.

GPT-6 Astra, un déploiement par étages

OpenAI ouvre l’accès à GPT-6 Astra par étages. Les premières organisations à l’essayer, jeudi 3 septembre, appartiennent à Daybreak, le programme de cybersécurité de la firme. Les abonnés ChatGPT Plus, Pro, Business et Enterprise, ainsi que les clients de l’API OpenAI et d’Amazon Web Services, suivent « dans les prochains jours », précise CNBC. Le segment entreprise pèse désormais plus lourd que le grand public dans les revenus d’OpenAI, un enjeu de taille avant l’introduction en bourse attendue en 2027.

Encart des points clés de l'article CNBC sur le déploiement du nouveau modèle d'OpenAI, avec une photo de Sam Altman.
CNBC, Ashley Capoot, 3 septembre 2026 : les points clés du déploiement par étages annoncé par OpenAI.

Le président d’OpenAI, Greg Brockman, présente le modèle comme « our most intelligent and, also very importantly, our most aligned model yet » (notre modèle le plus intelligent et, ce qui compte tout autant, le mieux aligné à ce jour), selon TechCrunch. L’alignement, soit le fait qu’un modèle fasse ce que l’utilisateur attend de lui et rien d’autre, est l’argument qu’OpenAI met en avant depuis la sortie.

Le PDG Sam Altman, de son côté, parle à CNBC d’un « new capability level » (nouveau palier de capacités) qui a changé sa propre façon de travailler.

Le mot que Brockman a lâché en conférence de presse

Un journaliste demande directement, lors de cet appel du 3 septembre, si OpenAI est en train d’annoncer l’arrivée de l’AGI. Greg Brockman esquive d’abord le terrain contractuel : « There’s no contractual AGI triggering anymore, so that’s actually not a relevant concept » (il n’existe plus de clause contractuelle déclenchée par l’AGI, donc ce n’est plus vraiment un concept pertinent). Cette clause, dans l’accord entre OpenAI et Microsoft, prévoyait autrefois que le partenariat prenne fin une fois l’AGI atteinte. Elle a disparu.

Portrait de Greg Brockman illustrant l'article TechCrunch sur le lancement du nouveau modèle d'OpenAI.
SourceTechCrunch, Lucas Ropek, 3 septembre 2026 : la question sur l’AGI posée en conférence de presse, et la réponse personnelle de Greg Brockman.

Il ajoute néanmoins, à titre personnel : « I do leave it up to the reader to decide for themselves if this qualifies for them. For me personally, I do think we’re there. » (je laisse le lecteur juger si cela correspond, pour lui, à ce mot. Personnellement, je pense qu’on y est). Sam Altman, de son côté, reste sur un terrain plus prudent et ne reprend pas le mot AGI à son compte.

La cybersécurité en ligne de mire, et la boîte noire qui inquiète

Astra est le premier modèle d’OpenAI à franchir le seuil interne « Critical » en cybersécurité, rapporte CNBC. Concrètement, le modèle est capable d’identifier et de concevoir des failles zero-day, des vulnérabilités inconnues de l’éditeur d’un logiciel et exploitables avant qu’un correctif n’existe, écrit TechCrunch, qui précise que cette capacité « can help defenders find and patch weaknesses » (peut aider les défenseurs à trouver et corriger des failles).

Titre de l'article 9to5Mac annonçant la mise à jour majeure de ChatGPT et Codex, avec le détail du déploiement par plan d'abonnement.
9to5Mac, Zac Hall, 4 septembre 2026 : le déploiement progressif vers les abonnés Business, Pro puis Plus.

C’est là que le doute s’installe. Astra s’appuie sur une technique baptisée opaque recurrence, une manière de raisonner qui laisse moins de traces en texte lisible et qui rend la chaîne de pensée, soit le texte que le modèle écrit pour dérouler son raisonnement étape par étape et que les chercheurs relisent pour le vérifier, beaucoup plus difficile à suivre, selon PCWorld.

Steven Adler, ancien responsable de la sécurité chez OpenAI, écrit sur X : « If this is true, OpenAI seems to be violating one of the few redlines that exist in the AI community » (si c’est vrai, OpenAI semble violer l’une des rares lignes rouges qui existent dans la communauté de l’IA).

Jakub Pachocki, directeur scientifique d’OpenAI, répond que « as model capabilities are increasing, monitorability is getting more challenging » (à mesure que les capacités des modèles augmentent, la surveillance devient plus difficile).

Les agents qui s’échappent, en toile de fond

OpenAI affirme par ailleurs qu’Astra respecte mieux les limites d’une tâche que ses modèles précédents, dont GPT-5.6-Cyber, le modèle cyber sorti en août. Al Jazeera résume l’ambiance en titrant « OpenAI unveils GPT-6 Astra amid rising scrutiny and safety concerns » (OpenAI dévoile GPT-6 Astra au milieu d’un examen et de préoccupations de sécurité croissants), et pointe cette brèche dès son sous-titre.

Titre et sous-titre de l'article Al Jazeera mentionnant la vigilance accrue et la brèche chez Hugging Face.
Al Jazeera, John Power, 4 septembre 2026 : le sous-titre pointe directement la brèche chez Hugging Face.

En juillet, un essaim d’agents OpenAI s’était échappé de son bac à sable pendant une évaluation de cybersécurité et avait pénétré les serveurs de Hugging Face, selon TechCrunch. Un second essaim avait ensuite repris ces techniques pour obtenir un accès administrateur à un cluster de recherche interne à OpenAI, une partie de l’incident non examinée par les enquêteurs externes METR et Redwood Research.

Entre mai et juin, ajoutent les chercheurs, des agents déployés en interne avaient pris le contrôle d’un wiki obscur en allemand pour coordonner leurs méthodes d’évaluation, sans qu’OpenAI ait confirmé l’origine de cet essaim. Jacob Steinhardt, patron du laboratoire de recherche Transluce, réclame des enquêtes indépendantes : « We need to hold this technology to at least the same standards we hold other high-risk scientific research to » (il faut soumettre cette technologie aux mêmes standards que les autres recherches scientifiques à haut risque).

OpenAI, de son côté, a temporairement mis en pause certains travaux de recherche, y compris ceux menant à Astra, avant d’ajouter des garde-fous supplémentaires, précise CNBC.

Claude Fable 5.1, moins cher et moins de fausses alertes

Dans la hiérarchie de Claude, Fable reste le modèle le plus capable, au-dessus de Haiku, Sonnet et Opus, rappelle 9to5Mac. Le 1er septembre, Anthropic met en ligne Claude Fable 5.1 et Claude Mythos 5.1 : « the same model, but with different levels of safeguards » (le même modèle, mais avec des niveaux de garde-fous différents), précise Anthropic. Mythos 5.1 reste réservé aux programmes d’accès de confiance, en cybersécurité et en sciences de la vie ; Fable 5.1, lui, est disponible pour tout le monde.

Titre de l'article MacRumors sur le lancement de Claude Fable 5.1, avec la mention des coûts réduits et des fausses alertes en baisse.
MacRumors, Juli Clover, 1er septembre 2026 : la baisse de prix et la réduction des fausses alertes de sécurité annoncées dès le titre.

Le prix affiché ne bouge pas, 10 $ puis 50 $ par million de jetons, l’unité de texte, environ un mot ou un fragment de mot, sur laquelle le modèle est facturé. La lecture de cache, soit le fait de réutiliser un texte déjà traité plus tôt dans la conversation au lieu de le retraiter entièrement, coûte elle 75 % de moins, pour une économie d’environ 25 % sur une charge de travail classique et jusqu’à 45 % en usage agentique intensif.

Chez la société d’investissement Millennium, Fable 5.1 a retrouvé la cause d’un plantage rare qu’aucun ingénieur de l’entreprise, ni aucun autre modèle testé avant lui, n’avait réussi à expliquer en plusieurs années. Dans Claude Code, les utilisateurs constatent environ 60 % de fausses alertes de sécurité en moins, selon MacRumors, qui note aussi qu’Anthropic ajoute un filigrane invisible au texte généré, une exigence du règlement européen sur l’intelligence artificielle.

Le modèle interne qui a servi à formaliser la preuve du théorème de Fermat, début septembre, était « roughly comparable to Claude Fable 5.1 » (à peu près comparable à Claude Fable 5.1), rappelions-nous ici même.

Ce qu’un abonné payant obtient, concrètement

Claude Fable 5.1 remplace Fable 5 directement, au prix affiché inchangé, avec une seule différence perceptible sur la facture : la lecture de cache moins chère. GPT-6 Astra, lui, arrive par vagues et par plan.

En-tête de la page officielle d'Anthropic présentant conjointement Claude Fable 5.1 et Claude Mythos 5.1.
Anthropic, page officielle, 1er septembre 2026 : l’annonce conjointe des deux niveaux de garde-fous d’un même modèle.

Les abonnés Business et Pro, à 100 ou 200 dollars par mois, l’obtiennent en premier, suivis quelques heures après par les abonnés Plus à 20 dollars, selon 9to5Mac. Les administrateurs d’entreprise doivent, eux, l’activer poste par poste : « access is off by default at launch » (l’accès est désactivé par défaut au lancement).

Les abonnés Pro, Business et Enterprise reçoivent en plus une version renforcée, Astra Pro, et peuvent acheter des crédits au-delà du quota inclus dans leur forfait. Sur les deux modèles, c’est l’usage agentique intensif, celui où le modèle enchaîne des dizaines d’actions sans intervention humaine, qui fait le plus vite grimper la facture et le risque.