
397 yuans. C’est le prix auquel s’est refermée, vendredi 11 septembre 2026, la toute première séance de Bourse d’Enflame, fabricant chinois de puces d’intelligence artificielle soutenu par Tencent. Une hausse de 179 % en une seule journée sur le marché STAR de Shanghai, qui porte la valorisation de l’entreprise (le prix total que le marché lui attribue, en multipliant le cours de l’action par le nombre total d’actions) à environ 171 milliards de yuans, près de 25,5 milliards de dollars. Enflame devient ainsi le dernier des « quatre petits dragons » chinois de la puce IA à réussir son introduction en Bourse, l’opération par laquelle une entreprise vend pour la première fois des actions au public afin de lever des fonds.

La séance du 11 septembre en trois chiffres
Sur le marché STAR de Shanghai, réservé aux valeurs technologiques, l’action a ouvert à 410 yuans, 188 % au-dessus de son prix d’introduction fixé à 142,18 yuans. Elle a grimpé jusqu’à 475 yuans en cours de séance avant de retomber pour clôturer à 397 yuans, un gain de 179 % sur la journée.

Trois médias, trois chiffres. Publié quelques minutes après l’ouverture du marché chinois, CNBC évoquait un bond de 206 %. Nikkei Asia a d’abord titré sur une progression de 188 %, avant de la corriger à 179 % en fin de séance, soit le chiffre de clôture retenu par IBTimes. L’écart tient à la volatilité d’une première journée de cotation, pas à une contradiction entre les rédactions.
L’opération a permis à l’entreprise de lever 6,12 milliards de yuans, environ 912 millions de dollars, en vendant 43,04 millions d’actions nouvelles, soit 10 % de son capital élargi. La demande était telle que la tranche réservée aux particuliers a reçu des ordres pour 6 109 fois le nombre d’actions proposées, selon un document boursier relayé par CNBC.
Qui est Enflame, le protégé de Tencent
Fondée en 2018, Enflame conçoit des puces destinées à la fois à l’entraînement, la phase où un modèle d’intelligence artificielle apprend en digérant de grandes quantités de données, et à l’inférence, le moment où ce même modèle, une fois entraîné, répond réellement aux requêtes des utilisateurs. L’entreprise compte utiliser le produit de son introduction en Bourse pour développer et commercialiser ses puces de cinquième et sixième génération, ainsi que les logiciels et systèmes de calcul à grande échelle qui les accompagnent.

Tencent occupe une place à part dans cette histoire. D’après IBTimes, le géant technologique reste le premier actionnaire de la société avec 17,95 % du capital après l’introduction en Bourse. Il en est aussi le premier client. Les ventes liées à Tencent ont représenté 83,79 % du chiffre d’affaires de l’entreprise en 2025.
Sur le plan financier, d’après CNBC, le chiffre d’affaires a bondi de 37 % en 2025, à 990 millions de yuans (147 millions de dollars) contre 722 millions un an plus tôt. La perte nette, elle, s’est réduite à 1,16 milliard de yuans contre 1,51 milliard en 2024. L’entreprise reste donc déficitaire, mais elle prévoit, pour les neuf premiers mois de 2026, un chiffre d’affaires compris entre 2,3 et 3 milliards de yuans, une croissance annuelle de 326 % à 455 %, pour une perte nette ramenée entre 700 et 860 millions de yuans.
Le dernier des quatre petits dragons à entrer en Bourse
En Chine, on surnomme Enflame et ses semblables les « quatre petits dragons » de la puce IA. Moore Threads et MetaX ont fait leurs débuts à la Bourse de Shanghai, tandis que Biren Technology a choisi celle de Hong Kong. Les trois avaient déjà connu des envolées spectaculaires avant elle.
MetaX a bondi de près de 700 % lors de son entrée en décembre, rappelle CNBC. Moore Threads a gagné plus de 400 % le jour de sa cotation. Biren, elle, a progressé de 76 % lors de son introduction en janvier.
Le mouvement dépasse même ce quatuor. En juillet, le fabricant de puces mémoire CXMT avait bondi de près de 466 % lors de ses débuts sur le marché STAR, devenant au passage la société chinoise cotée la plus valorisée du moment.
Pourquoi Pékin mise autant sur ses propres puces
Le pari se comprend à la lumière des chiffres de parts de marché. Selon des données IDC citées dans le prospectus d’Enflame et traduites par CNBC, les fabricants internationaux menés par Nvidia représentaient encore près de 60 % du marché chinois des accélérateurs IA en 2025. IBTimes, qui cite aussi IDC mais sur un périmètre plus étroit, celui des serveurs d’accélération IA, chiffre à 55 % la part de Nvidia et à 41 % celle des fournisseurs chinois réunis.
Washington a multiplié les restrictions à l’export sur les puces et les équipements de fabrication les plus avancés. Ce sont les sanctions américaines sur les puces, les mesures qui limitent l’accès de la Chine aux composants les plus performants pour le calcul et l’intelligence artificielle. Pékin, de son côté, montre peu d’empressement à importer les puces avancées, poursuivant sa quête d’autonomie technologique. Un rapport de Goldman Sachs publié en août prévoit que les dépenses chinoises en capital dans les semi-conducteurs atteindront 82 milliards de dollars d’ici 2030.
Les modèles d’intelligence artificielle chinois avancent au même rythme que le matériel qui les fait tourner. Le Kimi K3 de Moonshot AI a réduit l’écart avec les modèles américains de pointe, et Z.ai a annoncé en août que son modèle GLM-5.3-Flash tournait entièrement sur des puces fabriquées en Chine, vraisemblablement une combinaison de composants Huawei, Enflame et d’autres fabricants locaux, selon des analystes cités par CNBC. Alibaba développe de son côté ses propres puces IA et les logiciels qui vont avec.
Ce que cette vague change pour Nvidia, et pour vous
Cette entrée en Bourse s’ajoute à une série de signaux qui compliquent la position de Nvidia. À Taïwan, son fournisseur Unimicron a été perquisitionné cet été. Aux États-Unis, la plateforme Hugging Face a rejeté une offre de rachat de 12,9 milliards de dollars venue de Nvidia. Et sur le terrain des puces elles-mêmes, la puce Jalapeño d’OpenAI dépasserait déjà Nvidia sous certaines conditions.
Pour le joueur qui achète une carte graphique, l’effet direct reste limité, au moins selon ce que documentent les sources disponibles. Les restrictions américaines et la percée du fabricant chinois concernent le marché du calcul en centre de données, celui qui entraîne et fait tourner les modèles d’intelligence artificielle en Chine, pas les cartes graphiques grand public vendues dans le commerce.
Reste que Nvidia perd du terrain sur son marché le plus prometteur à long terme. Pour les neuf premiers mois de 2026, Enflame prévoit à elle seule une croissance de son chiffre d’affaires comprise entre 326 % et 455 % sur un an.




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