
Le 10 octobre, ce dépôt n’existait pas. Neuf jours plus tard, il compte 32 versions publiées, 258 modifications de code et 337 étoiles sur GitHub, le tout signé par un seul développeur, Dominik Svoboda. Son lanceur, Xodus Nexus, fait ce que Microsoft n’a jamais proposé : installer les jeux du PC Game Pass et du Microsoft Store sous Linux, donc sur Steam Deck, pour y jouer en local, sans Windows et sans streaming.
Nous n’avons pas encore installé Xodus Nexus nous-mêmes. Ce qui suit rassemble ce que montrent le dépôt du projet, ses notes de version, sa liste de compatibilité, et les premiers retours de la presse spécialisée publiés le 19 octobre.
Un lanceur posé sur le travail de rétro-ingénierie de Xodus
Rien ici ne part de zéro. Le lanceur s’appuie sur Xodus, un travail de rétro-ingénierie (comprendre un logiciel fermé en observant son fonctionnement) apparu en août. D’après le récapitulatif de NerdZap, Xodus savait alors se connecter à un compte Xbox, vérifier les licences et télécharger les jeux. Il ne savait pas encore les lancer.
Dominik Svoboda ajoute la pièce manquante. Son README décrit trois couches : l’application elle-même (boutique, bibliothèque, file de téléchargement), un backend Xodus modifié qui gère la connexion et les licences, et un environnement d’exécution bâti sur Proton, la couche de compatibilité de Valve qui fait tourner les jeux Windows sous Linux. Chaque jeu passe par ce même environnement.

Aucun jeu n’est débloqué pour autant. Il faut un compte Microsoft et une licence valide pour chaque titre, achetée ou incluse dans un abonnement. Les sauvegardes dans le cloud fonctionnent sur les jeux compatibles, ce qui permet de reprendre sur Steam Deck une partie commencée sur un PC Windows ou une Xbox. Seuls les jeux récents au format MSIXVC, le format de paquet des jeux Xbox PC actuels, sont visés : les anciens jeux UWP comme Gears of War 4 ne sont pas prévus, selon NerdZap. Le lanceur est sous licence MIT, le backend garde la licence GPLv3 du projet Xodus.

Capture officielle du dépôt. Les jeux marqués « Unsupported » (non pris en charge) restent visibles mais ne s’installent pas.
Trente-deux versions en neuf jours
Les notes de version sur GitHub se lisent comme un journal de bord. Le 16 octobre, la 0.3.2 permet de se connecter sur SteamOS sans modifier la partition système. Le 17, la 0.3.5 ajoute les jeux à Steam avec leurs illustrations, y compris en mode Jeu, l’interface console du Steam Deck. Seule la version native de Steam est prise en charge, pas celle installée en Flatpak.
Le 18, la 0.3.6 rend tout le lanceur navigable à la manette. Le même jour, une mise à jour de l’environnement d’exécution corrige le plantage d’Indiana Jones et le Cercle ancien après les logos, celui de Kingdom Come: Deliverance II au démarrage, et l’écran de chargement bloqué de PowerWash Simulator 2. Le 19 à 19 h 20, heure de Paris, la 0.3.8 affiche les succès Xbox et le temps de jeu, et prévient dès le premier lancement qu’il s’agit d’un projet non officiel.


Conséquence pratique : les articles parus le 19 octobre décrivent la 0.3.6. Le soir même, ils avaient deux versions de retard.
Ce que Xodus Nexus fait tourner, et ce qui casse
La liste de compatibilité du wiki s’appuie sur les tests du développeur et sur les signalements des joueurs. NerdZap y a compté 65 jeux au 18 octobre : 46 jouables, 4 partiellement, 2 non vérifiés et 13 qui ne fonctionnent pas. Parmi les jouables en ligne figurent Gears of War E-Day, Forza Horizon 6, Sea of Thieves, Palworld, Deep Rock Galactic et Minecraft Dungeons II. Hogwarts Legacy et Kingdom Come: Deliverance II sont signalés jouables, Indiana Jones et le Cercle ancien l’est sur sa première mission.

Les échecs suivent un motif. The Witcher 3 plante au lancement. ARC Raiders démarre mais ne se connecte pas à ses serveurs. Hell Let Loose s’arrête après l’initialisation d’Easy Anti-Cheat, le logiciel anti-triche. Dragon Quest XI S plante après le premier écran de chargement, Soul Hackers 2 n’ira pas plus loin que son menu. Ce sont les anti-triches et les services en ligne qui coincent le plus souvent.
Un tableur communautaire complète le wiki. NerdZap y a relevé 98 rapports : 63 fonctionnels, 33 en échec et 2 partiels. Ces rapports sont déclarés par les joueurs, souvent sans détail de matériel ni de version. Une coche verte dit qu’un jeu a démarré chez quelqu’un, pas qu’il tournera chez vous. C’est vrai même pour Gears of War E-Day, noté 87 par la presse à sa sortie.
Sur Steam Deck, « jouable » ne veut pas dire fluide
Le développeur de Xodus Nexus n’a pas de Steam Deck, comme l’indiquent ses dernières notes de version : « I’m currently testing and debugging on virtualized SteamOS » (je teste et je corrige pour l’instant sur un SteamOS virtualisé). Ces mêmes notes lancent un appel pour racheter un vieux Deck d’occasion. Notebookcheck le relevait aussi le 19 octobre, et NerdZap note que seules 2 entrées du wiki mentionnent la console de Valve.
Chez Steam Deck HQ, Noah Kupetsky a installé le lanceur sur sa console. Son verdict sur la navigation à la manette : « It is a little clunky in its current state, but it does work » (c’est encore un peu pataud, mais ça fonctionne). Le test prévient aussi que les performances peuvent être inférieures à celles d’un jeu Steam, faute de cache de shaders partagé. Ce cache, Steam le précompile et le distribue pour éviter les saccades au premier lancement.


NerdZap pose la distinction qui manque aux listes de compatibilité. Le lanceur règle la question « puis-je installer et lancer ce jeu ? », pas « ma machine peut-elle le faire tourner ? ». Gears of War E-Day figure parmi les jeux qui fonctionnent, mais descend régulièrement sous les 30 images par seconde sur Steam Deck, même en réglages minimum. Sur une Steam Machine, le même jeu tient 30 images par seconde en 1440p et en qualité élevée. Sur la portable, les cibles réalistes restent les jeux légers comme Hollow Knight: Silksong ou Minecraft Dungeons II.
Le vrai risque concerne votre compte Microsoft
Le dépôt de Xodus Nexus le dit sans détour : « Independent project, not affiliated with Microsoft or Xbox » (projet indépendant, sans lien avec Microsoft ni Xbox). NerdZap n’a trouvé aucune déclaration de Microsoft dans la presse. D’après les échanges que le site a relevés, le projet assure ne contourner aucun DRM, ces protections anti-copie intégrées aux jeux, mais personne ne l’a vérifié de façon indépendante. Et tout repose sur un environnement Microsoft qui peut changer du jour au lendemain.

Le conseil d’Ash Lockett, chez NerdZap, tient en une phrase : « think twice before signing in with an account they cannot afford to lose » (réfléchissez à deux fois avant de connecter un compte que vous ne pouvez pas vous permettre de perdre). Un compte Microsoft porte vos achats, vos sauvegardes et parfois votre messagerie. Le risque reste théorique tant que Microsoft ne réagit pas, mais il pèse plus lourd qu’un jeu qui plante.
L’enjeu financier explique l’engouement. Jusqu’ici, jouer au Game Pass sur Steam Deck passait par le streaming, réservé à l’offre Ultimate. Depuis le 21 avril 2026, Ultimate coûte 20,99 € par mois et le PC Game Pass 12,99 €, selon Next Stage. L’écart atteint 96 € par an, après une hausse de 50 % en octobre 2025. Le streaming lui-même va se resserrer, avec quinze heures de Xbox Cloud par mois à partir de novembre.
Cette économie suppose que vos jeux tournent en local. Le lanceur a neuf jours. Microsoft, lui, n’a encore rien dit.




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