Steven Sharif poursuivi par son propre cabinet d’avocats

Steven Sharif : miniature sur la plainte de ses avocats pour 1,89 million de dollars d'honoraires

Article de Kami

Steven Sharif a passé les six derniers mois devant les tribunaux du côté des plaignants. Le 12 août 2026, Massively Overpowered a changé la donne. Selon un article de Bree Royce, l’ancien patron d’Intrepid Studios et créateur d’Ashes of Creation est désormais poursuivi par ses propres avocats.

Le cabinet Withers Bergman LLP réclame plus d’un million de dollars d’honoraires impayés à Sharif et à son mari, John Moore. La plainte, longue de 198 pages et fortement caviardée (de larges passages du document sont masqués au public), détaille dix factures totalisant 1 891 956,46 dollars sur quatre dossiers distincts liés à Intrepid Studios.

Ni l’un ni l’autre n’avaient répondu publiquement à cette plainte au moment de la publication de l’article. La couverture détaillée de ce dossier repose largement sur Massively Overpowered, média spécialisé dans les MMO qui suit l’affaire depuis janvier 2026.

Steven Sharif face à ses propres avocats

Selon la plainte, Steven Sharif et John Moore avaient engagé Withers Bergman en février 2026 pour les représenter dans au moins quatre dossiers liés à Intrepid Studios. Un accord d’engagement (le contrat écrit qui fixe les conditions d’une mission d’avocat et le mode de calcul des honoraires) avait été signé aux alentours du 6 février. Il mandatait conjointement le cabinet pour du conseil juridique et pour d’éventuels contentieux.

Steven Sharif poursuivi par son propre cabinet d'avocats pour factures impayées
Massively Overpowered, 12 août 2026, article de Bree Royce.

Les deux hommes avaient déjà réglé plus de 800 000 dollars d’honoraires. Le solde, environ un million de dollars, serait resté impayé depuis. Les avocats affirment de façon préemptive que Sharif n’a contesté ni les tarifs ni les factures au moment où elles ont été émises. Vers juin 2026, il semble avoir changé de cabinet, sans que la raison de l’arrêt des paiements soit connue publiquement.

Un des quatre dossiers cités dans la plainte oppose Steven Sharif à un ancien cadre d’Intrepid Studios, une bataille distincte qui montre combien les fronts juridiques se sont multipliés autour du studio en six mois.

À ce stade, les faits avancés par Withers Bergman restent des allégations formulées dans une plainte civile, pas les conclusions d’un tribunal. Aucune audience sur le fond n’a encore eu lieu, et rien n’indique à ce jour comment le litige se réglera.

Une facture de 1,89 million de dollars

Le montant réclamé correspond à dix factures sur quatre dossiers en six mois d’activité. Withers Bergman demande le paiement du solde, assorti d’intérêts contractuels (des intérêts dont le taux est fixé à l’avance dans le contrat, ici 9 % par an) courant depuis les échéances impayées.

La situation a de quoi surprendre. Steven Sharif a passé la première moitié de 2026 à réclamer justice contre le conseil d’administration de son propre studio. Six mois plus tard, ce sont les avocats qui l’ont défendu dans cette bataille qui le traînent devant un tribunal pour n’avoir pas été payés.

Le chiffre donne une mesure concrète du prix d’une guerre judiciaire menée sur plusieurs fronts à la fois. Le contexte comptait une contre-plainte (une plainte reconventionnelle déposée par la partie attaquée) d’Intrepid, une accusation de fraude portée par un investisseur, et ses propres démarches pour obtenir un contrôle judiciaire du studio. Chaque dossier a mobilisé du temps d’avocat, donc des honoraires, jusqu’à dépasser ce que les deux hommes étaient prêts à payer.

Étalé sur la période couverte par les dix factures, de février à l’été, cela revient à plus de 300 000 dollars d’honoraires par mois. Le solde impayé continue de courir avec ses intérêts contractuels de 9 % par an tant que le litige n’est pas tranché.

Six mois de procédures, la chronologie

Le dossier commence avec le départ de Sharif. Le 31 janvier 2026, il démissionne de ses fonctions de directeur créatif et cofondateur d’Intrepid, dans la foulée d’un licenciement massif au sein du studio.

Deux semaines plus tard, un investisseur l’accuse de fraude et de malversation financière.

Steven Sharif visé par les accusations de fraude d'un investisseur
Massively Overpowered, 14 février 2026.

Début mars, un juge lui accorde une ordonnance restrictive temporaire (une décision provisoire qui interdit certains actes à une partie en attendant l’audience de fond) contre le conseil d’administration d’Intrepid.

Steven Sharif obtient une ordonnance restrictive contre le conseil d'Intrepid
Massively Overpowered, 5 mars 2026.

La plainte du conseil contre lui est abandonnée le 1er mai. Fin juin, Intrepid dépose à son tour une contre-plainte, qui allègue notamment que des membres du personnel auraient emporté du matériel de centre de données.

Steven Sharif : la contre-plainte déposée par Intrepid
Massively Overpowered, 27 juin 2026.
DateÉvénement
31 janvier 2026Démission des fonctions de directeur créatif et cofondateur d’Intrepid ; licenciement massif au studio
6 février 2026Accord d’engagement écrit entre Sharif, Moore et le cabinet Withers Bergman LLP
14 février 2026Un investisseur porte une accusation de fraude et de malversation financière
5 mars 2026Une ordonnance restrictive temporaire est accordée contre le conseil d’administration d’Intrepid
1er mai 2026La plainte du conseil d’Intrepid est abandonnée
Juin 2026Changement de cabinet d’avocats
27 juin 2026Intrepid dépose une contre-plainte, avec une allégation sur du matériel de centre de données
12 août 2026Massively Overpowered révèle la plainte de Withers Bergman contre Sharif pour factures impayées

Entre-temps, les cadres du studio avaient demandé au tribunal la nomination d’un administrateur neutre (une personne désignée par la justice pour gérer une société pendant un litige, indépendamment des parties). Un séquestre judiciaire a fini par être nommé à la tête d’Intrepid, une mesure rarement vue dans l’industrie du jeu vidéo.

Sharif prévient l’industrie

Pendant que la facture judiciaire grossit, Ashes of Creation n’avance pas. Intrepid a fermé ses portes, l’essentiel du personnel est parti, et un jeu financé pendant des années par sa communauté reste suspendu à l’issue des procédures.

Le studio rejoint une liste qui s’allonge cette année. Netflix a fermé Night School Studio six semaines après la sortie de son jeu, et Supermassive Games a supprimé jusqu’à 75 postes. Les causes diffèrent à chaque fois, le résultat se ressemble : des salariés sans studio, et rarement une explication claire.

Les joueurs qui suivent le projet depuis des années restent sans certitude sur la suite du développement ni sur un calendrier. Le sort d’Ashes of Creation dépend désormais autant des audiences à venir que du travail d’une équipe de développement réduite.

Steven Sharif a réagi quelques heures après la publication d’une vidéo d’analyse par la chaîne Theory Forge, consacrée à la plainte. Il est apparu sur Discord avec une longue mise à jour destinée aux joueurs de son jeu. Dans l’article de Massively Overpowered, sa mise en garde tient en une phrase : « This is not what you signed up for » (ce n’est pas pour ça que vous vous êtes engagés).