
Supermassive Games, le studio britannique derrière Until Dawn et The Quarry, a ouvert le 11 août 2026 une procédure de licenciement visant jusqu’à 75 personnes. C’est sa troisième vague en deux ans et demi. Le studio comptait 350 salariés en 2023, il en gardera autour de la moitié.
Ce que Supermassive Games a annoncé
L’annonce est passée par les réseaux sociaux. Le média Gematsu, sous la plume de Sal Romano, a publié l’information dès 9h39 heure de l’Est. TheSixthAxis, Engadget et Shacknews ont repris la nouvelle dans la foulée.
Dans son communiqué, le studio écrit : « Nous avons pris la décision difficile d’ouvrir une procédure de consultation sur des suppressions de postes, dont nous anticipons qu’elle entraînera la perte de jusqu’à 75 de nos collègues. C’est une étape nécessaire pour aider à assurer la pérennité de l’entreprise. »
Ce chiffre de 75 est un plafond, pas un nombre arrêté. La procédure enclenchée par Supermassive Games est un « redundancy consultation process », une obligation du droit du travail britannique avant toute suppression de poste. L’employeur doit informer et consulter les représentants du personnel avant toute décision finale, ce qui laisse une place à la négociation. Le principe rappelle, sans lui être identique, un plan de sauvegarde de l’emploi en France. Le communiqué ne précise pas quelles équipes seront concernées.
Le texte se poursuit ainsi : « Nous savons que ce sera une période extrêmement difficile pour tout le monde, et notre priorité tout au long du processus sera d’apporter un soutien à toutes les personnes touchées. »

Fondé en 2008 à Guildford, dans le Surrey, Supermassive Games s’est fait connaître avec Until Dawn, The Quarry et la série The Dark Pictures Anthology, des jeux d’horreur narrative où les choix du joueur pèsent sur le scénario. L’annonce arrive quelques mois après la sortie de Directive 8020, son titre le plus récent. Son ancien PDG, Robert Henrysson, avait quitté ses fonctions en juin 2026, quelques semaines après cette sortie.
Trois vagues en deux ans et demi
En février 2024, Supermassive Games supprime environ 90 postes. En juillet 2025, une deuxième vague touche environ 35 employés. Le 11 août 2026, une troisième procédure s’ouvre : jusqu’à 75 postes supplémentaires sont concernés, la consultation étant toujours en cours au moment de l’annonce.
Le studio comptait environ 350 salariés en 2023. Additionnées, ces trois vagues représentent près de la moitié de cet effectif parti en deux ans et demi. Le calcul reste approximatif, faute de chiffre définitif pour chaque étape, mais l’ordre de grandeur ne trompe pas.

Directive 8020 avait déjà été repoussé à 2026. Ce report s’était accompagné, à l’époque, d’une vague de 36 licenciements.
Aucun chiffre de vente n’a été communiqué pour ce jeu, et rien ne permet d’établir un lien direct entre ses résultats commerciaux et cette troisième vague. La chronologie reste le seul repère solide : trois procédures en deux ans et demi, sur un effectif qui avoisinait 350 personnes avant la première coupe.
Ailleurs dans l’industrie, les coupes prennent d’autres formes. Chez EA, le rachat par des fonds saoudiens s’est accompagné de 700 millions de dollars de coupes budgétaires. Sortir des jeux reconnus, avoir un genre bien identifié, ne suffit plus à garantir un emploi.
Guildford, et le décor autour
Guildford concentre depuis des décennies une partie du développement de jeux vidéo britannique, portée par plusieurs studios historiques du secteur. Supermassive Games y est installé depuis sa fondation.
Le secteur traverse une vague continue. 2024 a compté 14 600 licenciements sur l’année, dont 8 619 sur le seul premier trimestre, le plus haut chiffre trimestriel jamais enregistré dans le jeu vidéo. Entre 2022 et la mi-2025, environ 45 000 emplois ont disparu, selon les compteurs indépendants (des recensements tenus par des observateurs du secteur, hors communiqués officiels des entreprises). 2026 affichait déjà 9 781 licenciements confirmés au 26 juillet, et l’ASGC Games Industry Layoffs Tracker prévoit jusqu’à 14 259 personnes d’ici la fin de l’année, soit 78 % de plus que sa propre prévision de janvier. Notre enquête sur la crise humaine qui traverse l’industrie détaille ce basculement.
D’autres cas récents dessinent le même paysage. Warner Bros a fermé Monolith Productions en février 2025, annulant au passage un jeu Wonder Woman développé depuis plus de deux ans. Netflix a fermé Night School Studio six semaines seulement après la sortie de son jeu. Chez Xbox, les licenciements se sont enchaînés sur plusieurs vagues successives.
Ces chiffres restent probablement inférieurs à la réalité. Les compteurs indépendants captent mal les travailleurs sous contrat, freelances et prestataires, coupés en premier et sans communiqué. Un studio qui n’annonce aucun licenciement officiel peut avoir simplement cessé de renouveler vingt contrats dans l’année.
Supermassive Games ne correspond à aucun de ces schémas. Le studio n’a pas été racheté par un fonds, ni fermé par une maison mère. Il reste indépendant et réduit ses effectifs pour se maintenir, dans ce qu’il qualifie lui-même d’« étape nécessaire pour aider à assurer la pérennité de l’entreprise ». Jusqu’à 75 postes sont concernés.




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