EA doit 1,8 milliard d’intérêts par an, et va couper 700 millions

Titre Kotaku : craintes d'un bain de sang chez EA après l'annonce de 700 millions de dollars d'économies annuelles sous pavillon saoudien
Kotaku, 5 août 2026.

Article de Kami

Le rachat d’Electronic Arts a été finalisé le 4 août 2026. Un consortium mené par des investisseurs saoudiens a déboursé 55 milliards de dollars pour sortir l’éditeur de la Bourse. Concrètement, l’action EA n’est plus échangeable publiquement, et l’entreprise n’a plus à publier ses comptes de la même façon qu’avant.

Le lendemain, 5 août 2026, le journaliste Jason Schreier (Bloomberg) a révélé le document envoyé par EA à ses banques et à ses investisseurs. L’éditeur y annonce vouloir réduire ses coûts annuels de 700 millions de dollars. Ce chiffre n’est pas arbitraire. Il découle directement de la façon dont le rachat a été financé, et c’est cette mécanique qu’il faut comprendre avant tout.

55 milliards pour racheter EA, 18 milliards de dette pour EA

Un rachat à 55 milliards de dollars ne veut pas dire que les acheteurs ont sorti 55 milliards de leur poche. Une bonne partie de la somme a été empruntée. C’est ce qu’on appelle un rachat par endettement, ou LBO (on emprunte pour acheter une société, puis c’est la société rachetée elle-même qui rembourse cet emprunt, pas les acheteurs). EA ne se contente donc pas de changer de propriétaire. Elle hérite d’une dette contractée pour financer son propre rachat.

Le montage laisse 18 milliards de dollars de dette à la charge d’EA. Cette somme ne disparaît pas dans un bilan lointain appartenant au consortium. Elle pèse sur les comptes d’EA, et EA doit désormais payer des intérêts dessus, chaque année, en plus de faire tourner ses studios, financer ses jeux et payer ses salariés.

1,8 milliard d’intérêts, 1,5 milliard de résultat

Voici le chiffre qui donne la mesure du problème. Les 18 milliards de dette contractés pour le rachat génèrent environ 1,8 milliard de dollars d’intérêts par an. En face, l’EBITDA annuel d’EA, c’est-à-dire ce que l’entreprise gagne sur son activité avant de payer ses intérêts, ses impôts et l’usure de ses équipements, tourne autour de 1,5 milliard de dollars.

Les intérêts de la dette dépassent donc ce que l’entreprise dégage sur son activité. Ce n’est pas un détail comptable. Cela signifie qu’EA ne peut pas couvrir le coût de son propre rachat avec ses résultats actuels.

PosteMontant annuel
Intérêts de la dette de rachat1,8 milliard $
EBITDA d’EA (résultat d’exploitation)environ 1,5 milliard $

C’est cet écart qui explique pourquoi EA cherche activement à réduire ses dépenses. Sans marge de manœuvre supplémentaire, la facture de la dette absorbe plus que ce que l’entreprise produit.

700 millions à trouver, et un mot qui inquiète

Dans le document révélé par Jason Schreier, EA détaille sa cible de 700 millions de dollars de réduction de coûts annuels. Sur cette somme, 170 millions de dollars sont explicitement classés sous l’intitulé « organizational efficiencies », que l’on peut traduire par efficacité organisationnelle.

Push SquareTitre Push Square : les studios EA se préparent à un bain de sang de licenciements alors que la dette du nouveau propriétaire exige 700 millions de dollars de coupes
Push Square, 5 août 2026.

Ce terme est celui que les entreprises utilisent quand elles réorganisent leurs équipes pour réduire une masse salariale. Le commentaire de Schreier sur cette formule est sans détour : « In other words: mass layoffs », autrement dit des licenciements massifs. À ce stade, aucun chiffre de suppressions de postes n’a été communiqué par EA. Seul l’objectif de réduction de coûts a été annoncé.

Ce mouvement ne sort pas de nulle part. Entre 8 000 et 12 000 postes ont déjà disparu dans l’industrie du jeu vidéo sur le premier semestre 2026, comme le détaille notre enquête sur la vague de licenciements qui traverse le secteur. Xbox a supprimé 3 200 postes, soit 20 % de sa division, et cédé quatre studios. Epic Games n’a pas été épargné non plus, avec 1 000 employés licenciés et 500 millions de dollars de coupes budgétaires annoncés malgré le succès de Fortnite.

EA rejoint donc une liste déjà longue. La différence, c’est que dans son cas, la pression ne vient pas seulement du marché ou des ventes de jeux. Elle vient d’une dette de 18 milliards de dollars, contractée pour financer sa propre acquisition, et que l’entreprise doit rembourser avec ses propres résultats.