
Un homme a réalisé l’un des jeux d’horreur les plus marquants de l’histoire du jeu vidéo. Ce même homme avoue aujourd’hui qu’il déteste avoir peur. Hideki Kamiya, réalisateur du Resident Evil 2 original, l’a confié sans détour dans un entretien accordé à Video Games Chronicle, mené par le rédacteur en chef Andy Robinson et publié le 1er septembre 2026.
Kamiya ne se contente pas d’un aveu amusant. Il propose une idée concrète pour la série qu’il a contribué à façonner : des modes optionnels qui retireraient l’horreur du survival horror, sans toucher à l’expérience de ceux qui la recherchent. L’idée fait sourire au premier abord. Elle mérite pourtant qu’on s’y arrête, parce qu’elle vient de quelqu’un qui connaît la série de l’intérieur, et parce qu’il a déjà fait ce genre de pari ailleurs.
Il a réalisé Resident Evil 2, il n’a pas fini Requiem
Dans l’entretien, Kamiya décrit un malaise ancien. « I’ve never been a fan of horror… I don’t like horror, and I don’t like scary things » (je n’ai jamais aimé l’horreur, je n’aime pas l’horreur et je n’aime pas ce qui fait peur), déclare-t-il. Ce rejet ne date pas d’hier : il raconte avoir toujours eu du mal avec les contenus effrayants, y compris enfant.
La confession prend un tour plus étonnant quand Kamiya précise qu’il n’a pas réussi à terminer Resident Evil Requiem, tant il l’a trouvé terrifiant. Celui qui a réalisé l’un des piliers de la série a lâché la manette devant un épisode récent.
Son diagnostic sur les équipes actuelles de Capcom est direct. Selon lui, elles « must all be completely numb to how scary the thing they’re making is » (doivent être devenues complètement insensibles à quel point ce qu’elles fabriquent fait peur). Un développeur qui passe des mois, parfois des années, sur les mêmes couloirs sombres finit par ne plus y voir que du travail. Kamiya garde le regard de quelqu’un qui prend peur, et il tient à ce qu’on le prenne au sérieux : « This is not a joke; I’m being one hundred percent serious » (ce n’est pas une blague, je suis sérieux à cent pour cent), insiste-t-il.
Des sacs en papier sur la tête des zombies
Sa proposition tient en quelques mots : des modes optionnels non effrayants, activables par ceux qui le souhaitent, sans rien changer pour les autres. Ses exemples sont précis, et volontiers cocasses. Un éclairage plus agréable pour dissiper l’ambiance oppressante. Le retrait des effets de sang. Et l’idée la plus mémorable de l’entretien : des sacs en papier posés sur la tête des zombies, pour désamorcer l’horreur visuelle sans supprimer la menace.
Prise isolément, l’image prête à sourire. Un zombie coiffé d’un sac en papier n’a plus grand-chose de terrifiant. L’intention derrière n’a pourtant rien de léger. Pour Kamiya, l’objectif est d’ouvrir Resident Evil à des publics qui en sont aujourd’hui exclus, non par manque d’intérêt pour l’histoire ou pour le jeu, mais parce que la peur elle-même leur ferme la porte avant qu’ils aient pu commencer.
Son argument tient en une phrase : ce genre d’options rendrait la série accessible à un public plus large, sans rien retirer à ceux qui viennent pour l’horreur. Un joueur qui veut trembler garde son expérience intacte. Celui que la peur paralyse peut découvrir l’intrigue, les personnages et la mise en scène, sans y renoncer par crainte de ne pas tenir jusqu’au générique.
Ce que Bayonetta avait déjà fait
Ce qui empêche de balayer l’idée d’un revers de main, c’est que Kamiya ne théorise pas dans le vide. Il a déjà mis ce principe en pratique sur l’une de ses propres créations. « We included the Very Easy Automatic mode » (nous avons inclus le mode Very Easy Automatic), rappelle-t-il à propos de Bayonetta, aux côtés du « Naïve Angel Mode ».
Personne n’a considéré que ces options avaient abîmé Bayonetta. Elles ont coexisté avec le jeu tel qu’il l’avait conçu, offertes à ceux qui en avaient besoin, ignorées par les autres. C’est ce précédent qui donne du poids à sa proposition pour Resident Evil : il ne demande pas à Capcom de renoncer à l’horreur, il demande d’ajouter une porte d’entrée à côté de celle qui existe déjà.
Il faut cependant garder les proportions justes. Hideki Kamiya ne travaille plus chez Capcom et ne décide de rien concernant Resident Evil. Ce qu’il exprime dans cet entretien est une opinion de créateur, pas une annonce, ni même une piste étudiée en interne. Aucun mode de ce type n’est prévu à ce jour sur un jeu de la série.
Reste une proposition qui vient de quelqu’un qui a fait le jeu, pas de quelqu’un qui le commente. Cela suffit à la rendre intéressante.




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