
Cyberleek a ouvert un onglet « contact » sur son site. Le groupe à l’origine des fuites vidéo de GTA 6 y propose désormais des espaces publicitaires sur ses propres vidéos de fuite. Le manifeste et le jeton de cryptomonnaie qui ont accompagné ces fuites sont déjà passés par la case actualité. Le tarif d’entrée, lui, vient d’apparaître : 400 XMR, la cryptomonnaie Monero, soit environ 165 000 dollars au cours de fin août 2026.
Cette somme n’achète aucun placement. Elle garantit seulement un contact sous 24 heures, via une messagerie chiffrée, pour ouvrir une négociation. Les prix réels, les conditions et les livrables se discutent ensuite en privé, loin de toute grille tarifaire publique.
Le procédé mérite d’être regardé de près. Il révèle un dispositif technique construit avec soin, un calendrier judiciaire qui se resserre autour de Cyberleek, et une question simple que personne ne peut trancher aujourd’hui : qui paierait pour négocier avec un groupe de hackers, et sur quelle garantie.
Cyberleek monte sa boutique publicitaire
L’offre tient en quelques lignes. Cyberleek parle d’« espaces publicitaires premium » et d’« opportunités de contenu exclusives » sur ses vidéos. Deux formats sont proposés : un filigrane, la marque discrète apposée en surimpression sur l’image, ou des séquences de gameplay construites sur mesure autour d’un produit précis.
Le champ des annonceurs potentiels n’est pas restreint. Le groupe précise qu’il accepte de promouvoir à peu près n’importe quoi, jeux d’argent et contenu pour adultes compris. Le financement, lui, serait assuré par le « soutien de la communauté » et des « partenariats stratégiques », loin de la demande de rançon classique associée à ce genre d’opération.

| Ce que couvrent les 400 XMR | Ce qu’ils ne couvrent pas |
|---|---|
| Un contact garanti sous 24 heures via Session | Un emplacement publicitaire réel |
| L’ouverture d’une négociation privée | Un tarif, une durée ou un format fixés à l’avance |
| Un accès direct au groupe | Une garantie que l’accord soit honoré |
GamesRadar résume la manœuvre en une phrase. Ashley Bardhan y voit « a bold response to Take-Two’s subpoenas », soit une réponse gonflée aux assignations judiciaires de Take-Two. PC Gamer va plus loin sur le montant : Andy Chalk titre « The GTA 6 leaker is selling ads now », avec ce chapeau : « For $165,000, you too can ask Cyberleek about promoting your product on his videos ».

Douze décimales qui trahissent Cyberleek
Le mécanisme de contact a été disséqué par Aurea (@AureaLibe) sur X. Le site génère d’abord un compte Session, une messagerie chiffrée de bout en bout, anonyme et décentralisée, avec une phrase de récupération unique. Il produit ensuite un montant de don en Monero, une cryptomonnaie dont la chaîne reste privée : contrairement à Bitcoin, Ethereum ou Solana, les montants des transactions y restent invisibles.
Douze chiffres après la virgule concentrent l’astuce. Ils sont générés en même temps que le compte Session et servent d’identifiant unique. Quand l’acheteur envoie exactement ce montant, le système détecte la transaction sur la chaîne, extrait les décimales, recalcule l’identifiant Session correspondant, et déclenche le contact.
Le calcul est purement cryptographique et s’exécute côté client, l’appareil de l’acheteur, sans passer par un serveur central. Comme Monero masque les montants, seul le destinataire peut retrouver l’identifiant caché dans la transaction. Une conséquence pratique en découle : il faut envoyer les fonds depuis un portefeuille personnel, une application installée sur son propre appareil qui laisse un contrôle total sur ses clés, jamais depuis une plateforme d’échange, un service centralisé qui arrondirait les décimales et rendrait le contact impossible. Aurea cite Cake Wallet et Feather comme options valables.

Le jugement d’Aurea est sans détour : « J’ai été voir le site de Cyberleek, le hacker de GTA 6, et ce n’est clairement pas un amateur. » Puis : « Je suis convaincu que ce n’est pas une seule personne, mais bien un groupe de hackers. »
Rockstar attire ce genre d’adversaire depuis un moment. Le studio avait déjà subi un piratage massif, 78 millions d’enregistrements exposés, revendiqué par un autre groupe et sans lien établi avec celui-ci. Le point commun tient à la méthode : des opérations montées pour durer, pas des coups isolés.
Take-Two vise Microsoft et Discord
Take-Two a déposé deux requêtes devant un tribunal fédéral de New York le 20 août 2026. Une assignation, ou subpoena en anglais, est une procédure judiciaire qui oblige une entreprise à transmettre des informations sous peine de sanctions. La première vise Microsoft et réclame les dossiers internes d’enquête sur le pseudonyme « cyberleek », GitHub, OneDrive et comptes Xbox liés compris.
La seconde, adressée à Discord, est plus large. Take-Two y demande les informations d’identification de tous les comptes membres des serveurs impliqués dans la diffusion des fuites entre le 1er juin 2026 et aujourd’hui : adresses IP, numéros de téléphone, comptes Google et Xbox liés, identifiants d’appareil, télémétrie Microsoft, fichiers OneDrive. Les deux entreprises ont jusqu’au 4 septembre pour répondre.
L’ampleur de la demande donne la mesure de l’enquête. Take-Two ne cherche pas un compte, il ratisse trois mois d’activité sur des serveurs entiers, en espérant qu’un seul membre ait laissé une adresse IP ou un numéro de téléphone exploitable. C’est la méthode habituelle contre un adversaire qui ne laisse pas de trace directe, et elle repose sur une erreur humaine, pas sur une faille technique. Les deux existent : une faille chez LiteLLM avait suffi à exposer 2 500 entreprises en quarante minutes, sans qu’aucun humain ne se trompe.

Le directeur technique de Xbox a confirmé travailler étroitement avec Take-Two et Rockstar Games pour soutenir les efforts de protection de la propriété intellectuelle. Variety a révélé ces deux requêtes le 21 août, sous la plume de Jennifer Maas.
Le calendrier qui interroge
Un des sites de Cyberleek, hébergé sur Ar.io, un réseau présenté comme un cloud permanent et décentralisé, a lui aussi cessé de fonctionner. Au 22 août, la page renvoie une ligne unique : « requested content blocked by this node’s content policy ».
Le blocage est justifié par une violation de droits d’auteur, liée aux contenus GTA 6 hébergés sur ce site entre le 18 et le 21 août. Trois événements se superposent donc sur une poignée de jours : l’ouverture de la boutique publicitaire, le dépôt des deux assignations, et la fermeture d’un des points d’accès du groupe.
Le rendez-vous suivant de Rockstar tombe quelques jours après ce coup de pression judiciaire : l’Extended Look diffusé en avant-première sur Netflix le 27 août. Aucune trace publique n’indique qu’un acheteur ait réglé ses 400 XMR, ni que Cyberleek honorerait sa part du contrat si quelqu’un le faisait. Une marque qui négocierait avec un groupe visé par deux assignations fédérales prendrait un risque dont personne, pour l’instant, ne peut mesurer l’ampleur.




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