Les testeurs d’Activision votent la grève avant MW4

Miniature en collage de papier déchiré : une foule de testeurs brandit des pancartes devant un immeuble de bureaux, avec le texte Activision, les testeurs votent la grève, MW4 sort le 23

Article de Kami

« No QA, no games » (pas de testeurs, pas de jeux). Emily Danko, testeuse chez Activision et membre du comité de négociation de son syndicat, résume ainsi la menace qui pèse sur Call of Duty : Modern Warfare 4. Le 15 octobre, les testeurs QA (contrôle qualité, l’équipe qui traque les bugs avant et après la sortie d’un jeu) d’Activision Publishing ont voté à une large majorité l’autorisation de faire grève. Le jeu sort dans le monde entier le 23 octobre, et Activision propose deux réunions, les 21 et 22.

Ce que les testeurs ont voté

Le communiqué du syndicat CWA (Communications Workers of America), publié le 15 octobre, parle d’un vote « overwhelmingly » favorable (à une écrasante majorité), sans donner de chiffre. Les sections locales 6215, 7250 et 9400 donnent ainsi au président de la CWA, Claude Cummings Jr., le pouvoir de déclencher une grève si les négociations restent bloquées. La veille, les salariés avaient manifesté devant les bureaux d’Activision Publishing à Bloomington, dans le Minnesota.

Communiqué de la CWA du 15 octobre 2026 titré Activision Quality Assurance Workers Vote to Authorize Strike, qui cite les sections locales 6215, 7250 et 9400 et la sortie de Modern Warfare 4 le 23 octobre
CWA, communiqué du 15 octobre 2026 : le vote d’autorisation de grève, à une semaine de la sortie mondiale de Modern Warfare 4.

Un vote d’autorisation n’est pas une grève. Ethan Gach, chez Kotaku, le précise : le syndicat a franchi le dernier obstacle qui lui permet d’arrêter le travail à tout moment, rien de plus. Les testeurs eux-mêmes parlent d’un dernier recours, décidé collectivement.

Le conflit dure depuis longtemps. Près de 600 testeurs ont formé le syndicat AQAU-CWA en mars 2024, après le rachat de l’éditeur par Microsoft. Les négociations pour un premier contrat ont commencé en août 2024. Plus de deux ans après, il n’existe toujours aucun accord. « Bargaining has been a long, exhausting process spanning over two years » (la négociation a été un processus long et épuisant, étalé sur plus de deux ans), dit Emily Danko dans le communiqué.

Salaires, IA, sous-traitants : ce qu’ils réclament

La CWA liste quatre points de blocage :

  • des hausses de salaire ;
  • des garde-fous sur l’usage de l’IA dans les équipes de test ;
  • des limites au recours aux sous-traitants ;
  • le droit de demander des aménagements de poste au titre de la loi américaine sur le handicap (ADA).

L’IA inquiète plus qu’ailleurs, parce que le test est souvent cité comme un métier que l’IA générative pourrait automatiser. « QA is more than checking boxes » (le test, c’est plus que cocher des cases), rappelle Emily Danko chez Kotaku. Le même article donne un chiffre qui éclaire la méfiance : l’unité syndicale compte aujourd’hui un peu plus de 400 membres, contre près de 600 à sa création. Près d’un tiers des postes ont disparu en deux ans et demi.

Article d'Aftermath signé Nathan Grayson, publié le 15 octobre 2026 et mis à jour le 16, avec en chapô la citation There could be more bugs, There could be server issues, No QA, no games
Aftermath, article de Nathan Grayson du 15 octobre 2026, mis à jour le 16 : le témoignage de Jordan Kunze, ancien délégué syndical.

Nathan Grayson, chez Aftermath, ajoute le retour au bureau. Selon les syndiqués, l’entreprise n’a accordé aucune exception au télétravail depuis la reconnaissance du syndicat, hors deux salariés déjà à distance. Certains parlent de « soft layoff » (licenciement déguisé), surtout pour les salariés handicapés. Jordan Kunze, ancien délégué, a accepté le départ volontaire proposé en septembre 2026. Il gagnait 22,43 dollars de l’heure et travaille désormais dans une station-service pour environ la moitié.

La comparaison qui fâche vient de Blizzard, autre filiale de Microsoft. Ses syndicats ont obtenu un contrat qui couvre le télétravail, des protections contre les licenciements et contre l’IA, et un droit de rappel. « They want to give us much, much less than what Blizzard has been able to secure » (ils veulent nous donner beaucoup, beaucoup moins que ce que Blizzard a obtenu), dit Jenna Huffman, testeuse et membre du comité de négociation.

Ce qu’une grève changerait pour Modern Warfare 4

Le calendrier donne son poids au vote. Modern Warfare 4 est jouable en accès anticipé depuis le 16 octobre, et sa sortie mondiale tombe le 23. La semaine de lancement est celle où les correctifs s’enchaînent, et chaque correctif passe entre les mains des testeurs avant d’arriver chez les joueurs. Emily Danko l’a dit à Aftermath : « There could be more bugs. There could be server issues. There could be missing features. » (il pourrait y avoir plus de bugs, des problèmes de serveurs, des fonctions manquantes).

Article de GamesBeat du 17 octobre 2026 signé Sam Smith, illustré par la photo de dizaines de testeurs d'Activision qui brandissent des pancartes réclamant un premier contrat devant leur bâtiment
GamesBeat, article de Sam Smith du 17 octobre 2026 : les testeurs d’Activision rassemblés devant leurs bureaux, pancartes « First contract now » (un premier contrat, maintenant).

L’éditeur assure de son côté avoir prévu le coup. Sa porte-parole, citée par Aftermath et GamesBeat, déclare : « We have plans in place to ensure there is no disruption to players or upcoming game releases. » (nous avons des plans pour qu’il n’y ait aucune perturbation pour les joueurs ni pour les prochaines sorties). Il ne dit pas lesquels. Le syndicat, lui, ne pèse pas que sur le test : d’après son communiqué, la CWA représente au total près de 2 500 salariés d’Activision Blizzard.

Les 21 et 22 octobre, deux jours avant la sortie

Activision dit négocier « in good faith » (de bonne foi) et revendique des « meaningful progress on a number of issues » (progrès significatifs sur plusieurs sujets). L’éditeur a proposé de se réunir à nouveau les 21 et 22 octobre. Il affirme aussi respecter le droit de grève de ses salariés. Côté syndicat, Jenna Huffman répond que les membres sont « tired of the stalling » (fatigués des atermoiements).

Le contexte ne rassure pas les testeurs. Kotaku rappelle que Microsoft a promis de nouvelles suppressions de postes dans les mois qui viennent, dans le cadre de la remise à plat de sa division Xbox. Ce n’est pas la première vague : en janvier 2024, le groupe supprimait déjà 1 900 postes chez Activision Blizzard. Si les réunions des 21 et 22 octobre échouent, la CWA pourra appeler à la grève à la veille du lancement de Modern Warfare 4.