
Le 26 octobre 2026, Anthropic a déposé auprès de la SEC (le gendarme américain des marchés financiers) un document S-1, le dossier qui précède une introduction en bourse. L’entreprise vise la bourse Nasdaq, sur le segment Nasdaq Global Select Market, sous le symbole « ANT », pour ses actions ordinaires de classe A, selon son communiqué officiel. Le nombre d’actions et la fourchette de prix ne sont pas fixés, et l’enregistrement n’est pas encore effectif : aucune vente n’est possible avant.

Ce que le dépôt dit de la bourse Nasdaq, et ce qu’il laisse en blanc
Le prospectus, que nous avons lu sur le site de la SEC, nomme Goldman Sachs et Morgan Stanley en tête des banques chargées du placement, suivies de J.P. Morgan, Citigroup, Barclays, Wells Fargo et d’autres établissements. Les actionnaires actuels s’engagent à ne rien vendre pendant 180 jours après la date du prospectus, sauf exceptions. Le prix, le nombre d’actions et la date de livraison des titres sont des champs vides.
Un premier dépôt confidentiel aurait eu lieu en juin, d’après Donovan Erskine, de Shacknews, qui évoque aussi une valorisation de 965 milliards de dollars dans ce brouillon. Nous n’avons pas retrouvé ce chiffre dans le document public : il reste une information de presse.
Le coût de faire tourner Claude, enfin chiffré
Une entreprise cotée doit publier ses comptes. Le S-1 donne donc ce qu’Anthropic gardait pour elle : ce que coûte l’exploitation de ses modèles. La ligne « compute et infrastructure » (la puissance de calcul et les serveurs) y figure pour chaque période, en millions de dollars.
| Période | Chiffre d’affaires | Compute et infrastructure | Perte d’exploitation |
|---|---|---|---|
| Année 2024 | 386 | 2 522 | 2 980 |
| Année 2025 | 4 585 | 7 326 | 8 060 |
| Premier semestre 2025 | 1 163 | 2 334 | 2 135 |
| Premier semestre 2026 | 16 286 | 8 945 | 693 |
Sur le premier semestre 2026, le calcul absorbe 8,9 milliards de dollars pour 16,3 milliards de chiffre d’affaires, soit environ 55 % (notre calcul). En 2025, la même ligne dépassait les recettes : 7,3 milliards pour 4,6 milliards, environ 160 %. La perte d’exploitation de 2025 inclut aussi 1,5 milliard de dollars inscrits sous le nom « Bartz settlement », une transaction que le tableau isole sur sa propre ligne. Le prospectus précise que la quasi-totalité du coût des ventes vient du calcul consacré aux clients, c’est-à-dire aux réponses de Claude.
Le document décrit aussi des contrats d’achat de puissance avec minimums et clauses « take-or-pay » (le paiement est dû même si la capacité n’est pas utilisée). Le montant total est laissé en blanc dans cette version, mais le texte indique que l’essentiel du reste s’étale entre 2031 et 2045. Côté trésorerie, l’activité a dégagé 3,9 milliards de dollars de flux d’exploitation au premier semestre 2026, contre une sortie de 2,6 milliards sur toute l’année 2025, et la caisse atteignait 112,4 milliards au 30 juin 2026.
Une perte de 80,7 milliards et un bénéfice de 2,7 milliards, sans contradiction
Les médias ne racontent pas la même histoire, et le S-1 explique pourquoi. La perte nette du premier semestre 2026 s’élève à 80,7 milliards de dollars, dont 72,4 milliards viennent de la variation de valeur de titres convertibles et d’instruments assimilés. Le prospectus attribue cette variation à la hausse de la valorisation de l’entreprise : c’est un effet comptable, sans sortie d’argent. La perte d’exploitation, elle, ne pèse que 693 millions.
Le « bénéfice de 2,7 milliards » rapporté par Shacknews correspond au résultat net ajusté du document : 2 671 millions de dollars au premier semestre 2026. Il s’agit d’une mesure maison, hors normes comptables (« non-GAAP »), dont l’entreprise donne la définition et le détail dans le prospectus. Retenez donc les trois chiffres avec leur étiquette : perte nette comptable, perte d’exploitation, résultat ajusté.

Ce que la bourse Nasdaq change pour un utilisateur de Claude en France
Pour l’instant, rien dans le communiqué n’annonce de changement de tarif ni de produit. Le prospectus signale en revanche, parmi ses risques, que l’entreprise a modifié et pourra modifier ses « usage limits, rate limits » (limites d’usage et de débit), ce qui est le genre de réglage qu’un abonné remarque. Le calendrier des nouveautés ne bouge pas non plus : Claude Duet n’a toujours pas de date pour la France. Le texte cite par ailleurs le règlement européen sur l’IA parmi les contraintes qui pèsent sur l’activité.
Une société cotée doit aussi décrire ses litiges. Les poursuites sur les contenus d’entraînement, comme celle où les journaux canadiens réclament jusqu’à 20 000 $ par article, deviendront de ce fait plus faciles à suivre.
Acheter des actions depuis la France : pas avant la cotation
Aujourd’hui, ce n’est pas possible : le communiqué le dit lui-même, aucune offre d’achat ne peut être acceptée avant l’entrée en vigueur de l’enregistrement. Une fois les titres cotés sur la bourse Nasdaq, ils s’échangeraient comme n’importe quelle action américaine, par l’intermédiaire d’un courtier qui donne accès aux marchés des États-Unis. Les frais, le change et la fiscalité dépendent de cet intermédiaire et de votre situation. Dans une introduction, une grande part des titres va d’ordinaire aux investisseurs institutionnels avant l’ouverture de la cotation. Ceci n’est ni un conseil ni une recommandation d’achat.
Le contexte reste mouvant. D’après Julie Bort, de TechCrunch, le 22 octobre 2026, OpenAI négocie une levée pouvant atteindre 30 milliards de dollars sur une valorisation de 1 250 milliards avant investissement, tout en ayant déposé un dossier confidentiel en juin. Les conditions peuvent encore changer. Côté Anthropic, le prix et le nombre d’actions devront apparaître dans le prospectus avant toute vente d’actions à la bourse Nasdaq.




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