
NVIDIA vend les puces qui font tourner la quasi-totalité de l’intelligence artificielle actuelle. Mais depuis quelques mois, l’entreprise de Jensen Huang ne se contente plus de fournir le matériel. Elle investit directement dans les sociétés qui achètent ses processeurs, et elle construit ses propres modèles de langage. Le dossier NVIDIA Perplexity, révélé le 23 août 2026, illustre ce basculement.
Ce jour-là, le média américain The Information a rapporté que NVIDIA discute d’un investissement dans Perplexity, le moteur de recherche fondé sur l’intelligence artificielle, à une valorisation dépassant 30 milliards de dollars. Rien n’est signé. Ni NVIDIA ni Perplexity n’ont confirmé la moindre discussion, et le dossier NVIDIA Perplexity reste, à ce stade, une information rapportée par une seule source.
Il s’inscrit pourtant dans un mouvement plus large, lui largement documenté : un accord à 6 milliards de dollars avec la jeune pousse (start-up) Poolside, une coalition mondiale de laboratoires baptisée Nemotron, et une campagne de lobbying menée personnellement par Jensen Huang à Washington. Ensemble, ces trois dossiers dessinent la même logique derrière l’affaire NVIDIA Perplexity : garder la main sur les modèles à poids ouverts (des modèles d’intelligence artificielle dont les réglages internes sont publiés librement, que n’importe qui peut télécharger et faire tourner sur ses propres machines), pour que la demande de calcul reste chez NVIDIA quel que soit le vainqueur de la course à l’IA.
Les discussions NVIDIA Perplexity, à prendre au conditionnel
Selon l’analyse publiée par Forkast (signée Lena Park, 24 août 2026 et explicitement étiquetée comme une analyse et non une dépêche factuelle), NVIDIA aurait d’abord exploré un accord de licence avec Perplexity avant de basculer vers une prise de participation directe au capital. Forkast résume ce virage par une formule : « the same playbook it ran with Poolside and Groq », soit le même scénario déjà appliqué à Poolside et à Groq, un autre fournisseur de calcul pour l’IA.

Cette lecture, si elle se vérifie, situerait le dossier NVIDIA Perplexity dans la couche d’inférence, c’est-à-dire l’étape où un modèle déjà entraîné répond concrètement aux requêtes des utilisateurs, par opposition à l’entraînement, la phase coûteuse où le modèle apprend. C’est sur l’inférence que se joue la rentabilité à long terme de l’intelligence artificielle : chaque recherche, chaque réponse générée consomme du calcul, encore et encore, bien après que le modèle a fini d’apprendre. Perplexity, qui traite des millions de requêtes quotidiennes, en est un exemple parlant. Mais tant qu’aucune des deux entreprises n’a confirmé quoi que ce soit, ce volet du dossier NVIDIA Perplexity reste une hypothèse de travail, pas un fait acquis.
Poolside, l’accord confirmé qui muscle l’équipe Nemotron
Là où la piste Perplexity relève du rapporté, l’opération Poolside est, elle, documentée noir sur blanc. Selon le Wall Street Journal, repris le 24 août 2026 par Digital Today (Chi-gyu Hwang), NVIDIA dépense 6 milliards de dollars pour licencier la technologie de Poolside, une jeune pousse spécialisée dans l’IA de programmation, et embaucher une centaine de ses ingénieurs. Parmi eux, l’équipe derrière Laguna S, l’un des modèles à poids ouverts les plus utilisés en Occident.
NVIDIA investit en outre 1 milliard de dollars directement dans Poolside, à une valorisation pré-money de 12 milliards de dollars (c’est-à-dire la valeur attribuée à l’entreprise avant que l’argent frais n’y entre). Les ingénieurs recrutés rejoignent l’équipe Nemotron, celle qui développe les modèles à poids ouverts maison de NVIDIA. L’objectif affiché est d’accélérer la mise au point d’un modèle ouvert de premier plan, capable de rivaliser avec les modèles chinois DeepSeek et Kimi K3, ainsi qu’avec les modèles fermés d’OpenAI et d’Anthropic.

| Opération | Montant | Statut |
|---|---|---|
| Poolside (licence + recrutement) | 6 milliards $ | Confirmé (Wall Street Journal) |
| Poolside (prise de participation) | 1 milliard $ (valorisation pré-money : 12 milliards $) | Confirmé (Wall Street Journal) |
| Perplexity | Valorisation évoquée : plus de 30 milliards $ | Rapporté (The Information), non confirmé par les deux parties |
| Coalition Nemotron | Montant non communiqué | Confirmée, lancée par NVIDIA |
La coalition Nemotron, et la présence française de Mistral AI
Au-delà de Poolside, NVIDIA a lancé la coalition Nemotron, présentée par l’entreprise comme la première collaboration mondiale du genre entre constructeurs de modèles et laboratoires d’IA, autour d’une mise en commun d’expertise, de données et de puissance de calcul. Les membres fondateurs annoncés sont Black Forest Labs, Cursor, LangChain, Mistral AI, Perplexity, Reflection AI, Sarvam et Thinking Machines Lab, le laboratoire fondé par Mira Murati.
Un nom retiendra l’attention des lecteurs français : Mistral AI, l’entreprise parisienne devenue l’un des rares poids lourds européens de l’intelligence artificielle, figure parmi les membres fondateurs de cette coalition. C’est aussi elle qui rappelle que Perplexity apparaît déjà dans le giron Nemotron en tant que partenaire, indépendamment des discussions d’investissement rapportées par The Information. La coalition ne remplace pas un éventuel accord capitalistique entre les deux sociétés, mais elle en dessine le décor : NVIDIA tisse des liens avec la quasi-totalité des acteurs sérieux des modèles ouverts, avant même de savoir lesquels deviendront dominants.
Pourquoi un vendeur de puces a intérêt à des modèles gratuits

Jensen Huang s’est fait, ces derniers mois, l’un des défenseurs les plus visibles des modèles à poids ouverts. Il a organisé une lettre adressée à Washington pour s’opposer à des restrictions envisagées sur ce type de modèles, signée par des dizaines d’entreprises parmi lesquelles OpenAI, Alphabet, Microsoft, Meta, Dell, Palantir et IBM. La logique tient en une phrase : plus il existe de modèles ouverts, utilisables gratuitement par des développeurs du monde entier, plus la demande de calcul grimpe, quel que soit le modèle finalement choisi par chaque utilisateur. NVIDIA vend ce calcul, aussi bien côté centres de données que côté grand public, où sa gamme RTX Spark illustre la même logique à petite échelle.
Cette stratégie n’est pas isolée. D’autres fabricants misent eux aussi sur des paris ciblés plutôt que sur la seule vente de composants, à l’image de la puce spécialisée Etched, valorisée 21 milliards de dollars vingt-six jours après son lancement. Reste que le dossier NVIDIA Perplexity, même conditionnel, marque un pas de plus : un fournisseur de calcul qui deviendrait actionnaire de l’un de ses plus gros clients, dans un secteur où la régulation avance elle aussi, comme le montre l’obligation de filigrane imposée par l’AI Act européen aux contenus générés par IA.
Reste une question que ni Forkast ni les principaux intéressés ne tranchent : quand un fournisseur de puces détient des parts dans ses propres clients, sur quelle base répartit-il des processeurs qui restent, malgré la production record de ces dernières années, en quantité insuffisante face à la demande mondiale ?




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