
Meta a racheté la start-up d’intelligence artificielle Manus en décembre 2025 pour 2 milliards de dollars. L’opération était bouclée, signée, payée. Pékin l’a annulée quand même.
Manus a confirmé le 11 août qu’elle allait « bientôt reprendre son activité en tant que société indépendante ». C’est la première fois qu’un État défait une acquisition transfrontalière déjà conclue dans le secteur de l’intelligence artificielle. Et les utilisateurs vont le sentir dans quelques jours.
Le rachat de Manus défait après coup
La Commission nationale du développement et de la réforme, le régulateur économique chinois, a ordonné le démantèlement de l’opération le 27 avril 2026. Le motif invoqué relève de la sécurité nationale.
Meta a commencé à exécuter la décision en juin. Deux mois plus tard, Manus annonçait son retour à l’indépendance. Entre l’ordre et l’exécution, il se sera écoulé un peu plus de trois mois.

Ce qui rend le cas inédit tient à la chronologie. Un régulateur bloque habituellement une opération avant sa réalisation. Ici, la transaction avait été menée à son terme depuis quatre mois quand l’ordre est tombé.
Un mécanisme qui ignore le pays d’immatriculation
Le point le plus lourd de conséquences se cache dans le texte utilisé. Les mesures chinoises de contrôle des investissements étrangers permettent d’examiner une opération sans que le lieu d’enregistrement de la société visée entre en ligne de compte.
Une start-up fondée par des Chinois mais immatriculée à Singapour, aux États-Unis ou ailleurs reste donc dans le champ. Les cabinets d’avocats qui ont commenté l’affaire insistent sur ce point, parce qu’il change la façon dont il faut évaluer le risque avant de signer.


Pour un investisseur, le calcul change du tout au tout. Une opération validée et close ne garantit plus rien si l’une des parties tombe sous le regard d’un régulateur qui s’autorise à revenir en arrière. Le jeu vidéo connaît une version civile du même problème, quand un tribunal nomme un séquestre judiciaire pour reprendre la main sur une société.
Vos données seront effacées les 23 et 24 août
Voilà la partie qui touche directement les utilisateurs du service. Manus va supprimer les données générées par certains comptes à partir du 29 décembre 2025, date à laquelle Meta a pris le contrôle. L’effacement est programmé entre le 23 et le 24 août 2026.
La logique se comprend. Ces données ont été produites pendant la période où l’entreprise appartenait à Meta. Les remettre à la société redevenue indépendante poserait un problème juridique, les conserver chez Meta aussi. La solution retenue consiste à les détruire.
Si vous avez utilisé Manus depuis la fin décembre, il vous reste cinq jours pour récupérer ce qui compte. L’entreprise a prévenu ses utilisateurs par une note publiée sur son site.
Tencent en embuscade
Qui reprendra le capital, personne ne l’a encore annoncé. Selon des informations parues en juillet, Tencent négocierait pour devenir le premier actionnaire de Manus. D’anciens investisseurs chinois de la société, comme ZhenFund et HSG, participeraient également au montage.
Le résultat serait alors limpide. Une entreprise d’intelligence artificielle passée sous pavillon américain revient dans le giron chinois, sur décision administrative, avec un géant local prêt à reprendre la place.
Ce dossier s’ajoute à une liste qui s’allonge dans le secteur. Les milliards de l’intelligence artificielle attirent des arbitrages qui n’ont plus grand-chose à voir avec la technologie, à l’image de l’alliance à 500 milliards nouée par Nvidia avec six fonds d’investissement. Quand les sommes atteignent ce niveau, les États s’invitent à la table.
La question de fond ressemble à celle posée par l’entraînement des modèles d’Amazon sur les streams Twitch. Qui décide de l’usage des données, et qui prévient les personnes concernées. Ici, la réponse est venue d’un régulateur, et le préavis se compte en jours.




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