Pourquoi la Suède bloque ChatGPT et Claude dans ses ministères, sans les interdire

Bureau d'un ministère suédois avec des écrans portant un cadenas sur une fenêtre de chat, une porte bleue ouverte marquée « Intern plattform », et le texte « La Suède bloque ChatGPT et Claude au gouvernement »

Article de Kami

Depuis ce lundi 26 octobre 2026, les agents du gouvernement suédois n’ouvrent plus ChatGPT ni Claude dans leur navigateur. La Suède bloque ChatGPT et Claude sur les postes de Regeringskansliet (les Services du gouvernement : le cabinet du Premier ministre et les ministères), selon SVT, qui reprend une information de la radio publique, révélée le 23 octobre par l’émission Ekot. Pourtant, ces deux modèles restent accessibles aux mêmes agents, par une autre porte.

Ce que la Suède bloque, et ce qui reste ouvert

Le blocage vise l’interface web, c’est-à-dire le site que l’on ouvre dans un navigateur. SVT (Gustav Motte et Mathilda Ståhl, article du 23 octobre, mis à jour le 24) cite la consigne : « Webbläsargränssnittet för AI-tjänsterna ChatGPT och Claude kommer inte längre att nås » (l’interface web des services d’IA ChatGPT et Claude ne sera plus accessible) depuis les ordinateurs de travail. Les agents sont renvoyés vers Copilot, l’outil d’IA de Microsoft, que Regeringskansliet a approuvé après une revue de sécurité.

Le détail qui change la lecture figure dans le même article : « Inom ramen för Intric har medarbetare fortfarande tillgång till språkmodellerna ChatGPT och Claude » (dans le cadre d’Intric, les collaborateurs ont toujours accès aux modèles de langage ChatGPT et Claude). Intric est la plateforme interne de l’administration, qui sert les modèles à travers un cadre que l’État contrôle. Le site spécialisé Feber décrit lui aussi une plateforme maison donnant accès à Claude et ChatGPT.

Page du site suédois Feber avec le titre Regeringskansliet stoppar Claude och ChatGPT et le sous-titre Får köra Microsoft Copilot istället, au-dessus du logo OpenAI sur un ordinateur portable
Feber, Wille Wilhelmsson, 23 octobre 2026 : « Regeringskansliet stoppar Claude och ChatGPT, får köra Microsoft Copilot istället » (le gouvernement stoppe Claude et ChatGPT, Copilot à la place).

Combien d’agents passent par Intric, et avec quelles limites ? Le média crypto et tech Decrypt écrit que le service de presse ne l’a pas précisé. Les titres du genre « la Suède bloque l’IA » gomment donc l’essentiel : un seul accès est fermé, et les modèles ne sont pas bannis.

Pourquoi la Suède bloque ChatGPT : un contrat, pas une interdiction

Regeringskansliet n’a pas détaillé ses raisons aux médias, indique Feber. Les motifs connus viennent d’un message sur l’intranet (le réseau interne) signé de Mikael Wettercrantz, directeur de la numérisation, que Decrypt rapporte de seconde main. Utiliser des services d’IA sans contrat formel peut avoir « consequences for our information security » (des conséquences pour notre sécurité de l’information). Il ajoute : « We have seen several examples of problematic use of open AI services » (nous avons vu plusieurs exemples d’usage problématique de services d’IA ouverts). Les inquiétudes portent sur la sensibilité des informations saisies et sur la façon dont les réponses générées sont ensuite traitées. Nous n’avons pas pu lire ce message nous-mêmes.

Page de l'article de Decrypt intitulé Sweden's Government Offices Block ChatGPT and Claude, Keep Microsoft Copilot, avec le nom de l'auteur et la date du 24 octobre 2026
Decrypt, Jose Antonio Lanz, 24 octobre 2026 : le gouvernement suédois bloque ChatGPT et Claude et garde Copilot.

La logique tient à un contrat. Avec une offre grand public, la requête part sur les serveurs de l’éditeur, et rien n’encadre ce qu’il en fait. Avec un accord signé, ou avec une plateforme interne, l’administration fixe les règles. Decrypt ajoute que la loi américaine permet à des autorités de réclamer des données à des entreprises américaines : c’est son analyse, pas une déclaration du gouvernement suédois.

Decrypt signale une zone floue. Microsoft a ajouté des modèles Claude à Copilot début 2026, et l’administration suédoise n’a pas dit si cette option est active dans son Copilot. Le même texte précise que, dans l’Union européenne, les modèles d’Anthropic y sont désactivés par défaut et qu’un administrateur doit les activer.

D’autres administrations suédoises ont déjà fermé la porte

Selon SVT, l’Agence des impôts (Skatteverket) et l’office des institutions de soins et de placement (Statens institutionsstyrelse, SiS) ont introduit des blocages semblables. L’Agence de recouvrement (Kronofogden) examine la question. Decrypt ajoute qu’un audit interne de l’Administration des transports a relevé une dizaine de services d’IA utilisés de manière « widespread and risky » (répandue et risquée). L’idée que chaque agent choisisse son assistant s’arrête donc ailleurs qu’à Stockholm.

Ce que cela change pour une entreprise française

La Suède bloque ChatGPT sur un point précis : l’absence de contrat. Une PME française peut reprendre la même question sans rien interdire. Vos salariés collent-ils des devis, des contrats ou des données clients dans un compte personnel ? L’abonnement individuel ne vous donne aucun droit sur ce que devient la saisie, alors qu’une offre professionnelle fixe par écrit ce que l’éditeur peut en faire. Notre article sur les réglages de ChatGPT dans Chrome montre à quel point un assistant grand public voit ce qui s’affiche dans vos onglets, et Claude Duet pose la même question pour un agent qui lit vos mails en votre absence.

Côté État français, l’approche est une plateforme maison. L’assistant IA de la DINUM (la direction interministérielle du numérique) a été ouvert le 22 octobre 2025 à 10 000 agents volontaires de huit ministères, pour huit mois, d’après Acteurs Publics, qui précise qu’il est propulsé par le modèle de l’éditeur français Mistral AI. Le même média rapporte que Matignon avait annoncé en juin 2025 un contrat avec l’éditeur pour ce chatbot (Acteurs Publics), et qu’une généralisation était envisagée dès juin 2026 si l’outil se montrait viable. Nous n’avons trouvé aucun bilan publié depuis. Sur l’éditeur, voir la levée de 3 milliards d’euros de Mistral AI.