
Project Ascension va fermer. Presque toute la communauté en est convaincue, et pourtant le serveur n’est pas mort d’un procès. Pas encore. Ça change la façon de lire ce qui lui arrive, parce que l’histoire des gros serveurs privés WoW raconte rarement une fermeture provoquée par Blizzard. La plupart se sont effondrés de l’intérieur, sur des scandales de trésorerie ou des équipes qui explosent.
Elysium s’est écroulé en octobre 2017 sur un scandale de vente d’or et de dons détournés, pas sur une mise en demeure. Feenix a disparu par désertion, son équipe et ses joueurs sont partis avant que quiconque ferme la porte. Jusqu’en 2024, les procès directement responsables d’une fermeture restaient rares. Les histoires internes faisaient le travail à la place des tribunaux.
Depuis 2025, le schéma s’est inversé. Everlook est tombé. Project Epoch aussi. Turtle WoW a fermé. Stormforge a suivi. Project Ascension est le dernier gros nom encore en ligne, et il est visé par une plainte fédérale depuis le 12 juin 2026. Dire que Project Ascension va fermer n’est plus une hypothèse parmi d’autres. C’est écrit noir sur blanc dans un dossier de justice.
La question n’est plus de savoir si ça va arriver. Elle est de savoir quand. Et cette question a des éléments de réponse datés et publics, consultables par n’importe qui. La méthode est simple : lire le calendrier du dossier fédéral, chronométrer le précédent Turtle WoW, et regarder ce que ça donne une fois appliqué à Project Ascension.

La date que tout le monde a manquée : 8 septembre 2026
Le 12 juin 2026, Blizzard dépose sa plainte contre les opérateurs de Project Ascension. Le dossier porte le numéro 8:26-cv-01506, devant le tribunal fédéral du district central de Californie. Le juge en charge s’appelle John W. Holcomb. Cinquante et une pages, neuf chefs d’accusation, dont du RICO, la loi américaine anti-racket, articles 1962(c) et 1962(d). Le motif inscrit au greffe tient en une ligne : 17:101 Copyright Infringement. Blizzard demande un procès devant jury. La portée de ce dossier dépasse largement le sort d’un seul serveur.
La suite s’enchaîne vite. Le 13 juin, la mise en demeure devient publique. Le 28 juin, Blizzard dépose les demandes de citation à comparaître. À partir de ce dépôt, les défendeurs ont 21 jours pour répondre, par un mémoire ou une requête. Sans réponse dans ce délai, un jugement par défaut peut tomber, avec tout ce que Blizzard demande dans son injonction. Les 2 et 10 juillet, des avocats se constituent au dossier. Les défendeurs ont donc pris conseil. Dernier dépôt connu : le 13 juillet. Dernière mise à jour de la fiche publique : le 28 juillet. Rien depuis.

Un détail change tout le calendrier. Derek S. Powell, Bryan Thomas Mannion, Exalted Management Services et Online Management Partners ont renoncé à la signification formelle des actes. Concrètement, cela veut dire qu’ils acceptent d’être officiellement avertis sans passer par un huissier ou un envoi contraignant. En échange, ils gagnent du temps sur leur réponse. Cette renonciation fixe leur date limite au 8 septembre 2026. Ce n’est pas un aveu. C’est une manœuvre de calendrier banale, souvent le signe qu’une négociation est en cours, ou qu’une défense se prépare en coulisses.

Le reste du dossier se lit comme une chronologie sans coup d’éclat. Sept citations à comparaître émises le 25 juin. Deux avocats qui se constituent le 2 juillet, le même jour qu’une déclaration liée à une requête. Quatre renonciations à la signification enregistrées le 9 juillet, celles qui fixent l’échéance de septembre. Une comparution supplémentaire et un retrait de document le 10 juillet. Puis une dernière entrée le 13 juillet, et plus rien depuis.

À ce jour, aucune réponse au fond n’apparaît au dossier public. Aucune décision. Aucune injonction. Le 8 septembre n’est donc pas la date de fermeture de Project Ascension. C’est la date où l’on saura quelle fermeture se prépare. Trois portes s’ouvrent ce jour-là.
- Ils déposent une défense et contestent les accusations.
- Ils négocient un accord avec Blizzard, à l’amiable ou sous forme de consentement.
- Ils ne répondent pas, et un jugement par défaut peut être demandé.
Project Ascension tourne encore aujourd’hui, et ça ne veut rien dire
Ouvrez la page d’accueil de Project Ascension ce 13 août 2026 et vous verrez sept lignes vertes. Le serveur de connexion, Vol’jin et Rexxar en Conquest of Azeroth, Darkmoon en Season 10 Wildcard, Dawnrise en Season 10 Freepick, Bronzebeard, Area 52. Sept royaumes, tous marqués Online. Le compteur Discord affiche 54 286 connectés au moment de la capture. Le bouton PLAY NOW trône sous le logo de la campagne en cours, Destiny’s Dawn, et un onglet SHOP figure dans la barre de navigation, celui-là même que la plainte de Blizzard vise directement. Project Ascension revendique plus d’un million de joueurs. C’est une revendication de l’opérateur, pas une mesure indépendante. Si vous voulez voir ce que ce monde propose concrètement avant qu’il ne change de visage, on a testé le serveur en profondeur, royaumes et boutique compris.

Rien dans ce tableau ne prouve quoi que ce soit sur l’issue du procès. Aucune décision au fond n’a été rendue, aucune injonction n’existe à ce jour. Juridiquement, personne n’oblige Project Ascension à couper le courant maintenant.
Et il y a une raison précise à cela, qui vaut mieux que la chance. Sur les trente et une entrées du dossier, Blizzard n’a déposé aucune demande de mesure d’urgence. Ni référé, ni injonction préliminaire, ces procédures qui permettent d’obtenir une interdiction en quelques jours ou quelques semaines sans attendre le jugement. Tant qu’une telle demande n’existe pas, aucun juge n’a le pouvoir d’ordonner la coupure. Les sanctions réclamées dans la plainte sont lourdes, mais elles ne tomberont qu’au bout du dossier. C’est la vraie explication du serveur qui tourne, et c’est aussi ce qui pourrait changer du jour au lendemain : rien n’empêche Blizzard de déposer cette demande quand elle le décide.
La conséquence est contre-intuitive. Le 8 septembre n’est pas une date à laquelle le serveur risque de s’éteindre, et ce n’est pas non plus une garantie qu’il tienne jusque-là. C’est la date à laquelle les défendeurs devront montrer leur main. Le cas Turtle WoW donne la mesure du délai réel entre une décision et son application. L’injonction permanente a été prononcée le 15 avril 2026. Les serveurs se sont éteints le 15 mai 2026, un mois plus tard, alors que la bataille judiciaire était déjà close. À l’inverse, Felmyst a fermé en quelques heures le 21 juillet 2017, sur simple mise en demeure, sans procès du tout. La vitesse d’exécution dépend du choix des opérateurs, pas d’un chronomètre fixe gravé dans la loi.
Une nuance mérite d’être posée franchement. La plupart des serveurs privés marquants ne sont pas morts d’un coup porté par Blizzard. Elysium s’est effondré dans une affaire interne, pas une action légale. Feenix s’est éteint faute de joueurs, lentement, sans procès ni mise en demeure. Beaucoup de joueurs pensent encore aujourd’hui que Blizzard a tué ces projets. C’est souvent faux. Un serveur allumé aujourd’hui ne garantit rien pour demain, et son extinction, si elle arrive, peut très bien venir de ses propres failles plutôt que d’un tribunal américain.
Turtle WoW donne la mesure : huit mois et demi
Turtle WoW a tenu près de huit ans. Blizzard a mis huit mois et demi à l’éteindre une fois la procédure lancée. La plainte tombe le 29 août 2025, dossier 2:25-cv-08194, district central de Californie. En octobre, l’équipe de Turtle demande publiquement un cadre de licence pour les serveurs communautaires. Blizzard ne répond pas, du moins pas en public. L’historique des affrontements entre Blizzard et les serveurs privés montre que ce silence n’a rien d’inhabituel.
Le 12 avril 2026, un accord transactionnel entre les parties est rendu public. Trois jours plus tard, le 15 avril, le juge Stephen V. Wilson entre un jugement d’accord et une injonction permanente sur les sept chefs d’accusation. Interdiction d’héberger, de développer ou de maintenir des serveurs privés Blizzard, interdiction d’appeler aux dons pour cette activité, interdiction de transférer le code ou les comptes sociaux à un successeur. Le projet Turtle WoW 2.0 sous Unreal Engine 5 meurt avec le reste. Un mois plus tard, le 15 mai 2026, les serveurs s’éteignent. Du dépôt de plainte à l’écran noir : huit mois et demi.

Project Ascension a reçu sa plainte le 12 juin 2026. En appliquant la même durée, huit mois et demi placent l’extinction vers fin février ou début mars 2027. C’est une estimation construite par analogie, pas une prédiction. Un seul précédent ne fait pas une loi, même quand il est chronométré au jour près.
Deux éléments pourraient accélérer les choses. Un jugement par défaut, si les défendeurs ne répondent pas dans les délais, va plus vite qu’un accord négocié. Et un accord transactionnel pourrait tomber tôt : les défendeurs ont déjà pris des avocats en juillet 2026, signe qu’ils préparent une réponse plutôt qu’un silence.
Deux autres pourraient tout ralentir. Turtle WoW reposait sur une société écran unique, AFKCraft Ltd. Le dossier Project Ascension compte onze défendeurs nommés. Onze parties, onze calendriers d’avocats, onze occasions de déposer une requête qui gagne des semaines. Si le fond du dossier se dispute vraiment, la procédure peut s’étirer sur dix-huit à trente mois.
La fourchette des précédents récents illustre l’écart. Everlook Europe a fermé le 22 septembre 2025 sur simple mise en demeure. Project Epoch a arrêté ses services en septembre 2025, même méthode. Stormforge a fermé le 14 mai 2026, toujours sur mise en demeure. Felmyst détient le record inverse : fermé le 21 juillet 2017, quelques heures après son lancement. Ascension, lui, a reçu la plainte le 12 juin 2026 et vu la mise en demeure devenir publique le lendemain. Il n’a cédé sur aucune des deux.
| Dossier | Date | Étape |
|---|---|---|
| Turtle WoW | 29 août 2025 | Dépôt de la plainte, dossier 2:25-cv-08194 |
| Turtle WoW | Octobre 2025 | Demande publique d’un cadre de licence, sans réponse |
| Turtle WoW | 12 avril 2026 | Accord transactionnel rendu public |
| Turtle WoW | 15 avril 2026 | Jugement d’accord et injonction permanente (juge Wilson) |
| Turtle WoW | 15 mai 2026 | Extinction des serveurs |
| Turtle WoW | Durée totale | Huit mois et demi, de la plainte à l’écran noir |
| Ascension | 12 juin 2026 | Plainte déposée |
| Ascension (projection) | Fin février, début mars 2027 | Estimation par analogie avec Turtle WoW (+ 8,5 mois), pas une date confirmée |
Onze noms sur un document public
Ouvrez le dossier judiciaire de Blizzard contre Project Ascension et vous tombez sur une liste. Alexander Steven Kozma, Andrew James Seward, Brien Allen Middaugh, Bryan Thomas Mannion, Derek S. Powell, Lincoln Marshall Simpson, Ye Lwin. Deux sociétés, Exalted Management Services et Exalted Management and Consultation Services LLC. Une entité, Online Management Partners. Et des « Does », des défendeurs encore anonymes que Blizzard pourra nommer plus tard dans la procédure. Rien de secret là dedans : le dossier 8:26-cv-01506 est public, n’importe qui peut le lire.
Selon la plainte, Derek Powell et Bryan Thomas Mannion sont présentés comme les propriétaires et opérateurs du projet. Ils s’occuperaient des opérations, du développement, de la gestion, du recrutement, de l’encadrement de l’équipe, du marketing, et du maintien en état du client et des serveurs. Ce ne sont que des allégations à ce stade, personne n’a été jugé. Mais le simple fait que ces noms existent, rattachés à des personnes physiques américaines, change tout dans un procès civil.

Pourquoi Warmane tourne depuis une dizaine d’années sans qu’un tribunal s’en mêle, alors qu’Ascension y passe direct ? La réponse n’a rien à voir avec la taille des serveurs ni avec leur ancienneté. Warmane, Kronos, TwinStar, Whitemane : leurs opérateurs restent anonymes, ou hébergés hors des États-Unis, en Tchéquie notamment. Aucun de ces projets n’a jamais reçu de licence de Blizzard, il n’existe même pas de cadre légal pour ça. C’est de la tolérance, pas de la permission. Mais tant que personne ne peut poser une assignation dans une boîte aux lettres, le rapport de force reste favorable au serveur.
Project Ascension casse ce schéma. La majorité des noms cités dans le détail de la plainte déposée par Blizzard sont des personnes physiques, résidant aux États-Unis, identifiées par leur nom complet. Une fois que ça existe sur le papier, l’affaire devient exécutable. Un huissier peut signifier une assignation. Un tribunal fédéral peut ordonner une saisie. Le calcul du risque change du tout au tout, pour les défendeurs comme pour leurs avocats.
Attention à une fausse piste : l’argent seul n’explique rien. Nostalrius ne monétisait pas, zéro don, zéro abonnement, et il a quand même fermé en 2016 sous la pression d’une mise en demeure. Ce que change la monétisation, c’est le montant réclamé en dommages et intérêts, pas le déclenchement de la procédure. La vraie variable reste la traçabilité des opérateurs.
| Serveur | Situation des opérateurs | Sort |
|---|---|---|
| Nostalrius | Équipe française identifiée, hébergeur OVH assignable | Fermé le 10 avril 2016 |
| Felmyst | Créateur identifiable, aux États-Unis | Fermé le 21 juillet 2017 |
| Turtle WoW | Défendeurs répartis dans plusieurs pays, société écran AFKCraft Ltd | Fermé après huit mois et demi de procédure |
| Ascension | Défendeurs américains nommément désignés | Procédure en cours |
| Warmane, Kronos, TwinStar, Whitemane | Opérateurs anonymes ou hors des États-Unis | Jamais poursuivis |
Ce qui ne les protégera pas : le contenu maison, la Russie, le silence
Trois idées rassurent la communauté de Project Ascension. Le contenu est maison, donc ce n’est pas du Warcraft. Les serveurs sont en Russie, donc hors d’atteinte. Blizzard se tait, donc l’affaire s’essouffle. Aucune ne résiste aux faits.
Le contenu maison ne protège de rien
Project Ascension fait tourner plusieurs modes sous la même bannière. Le plus connu, Warcraft Reborn, supprime les classes : vous piochez sorts et talents où vous voulez pour fabriquer votre personnage. Conquest of Azeroth part dans l’autre sens, avec 21 classes maison, du Venomancer au Knight of Xoroth. Dans les deux cas, le contenu est très largement inventé, avec des variantes de donjons et de raids, un mode hardcore et des saisons. Blizzard a porté plainte quand même, le 12 juin 2026.
Ce qui est visé n’est pas ce contenu inventé. C’est le client de jeu et le code serveur obtenus par rétro-ingénierie, c’est-à-dire démonter un logiciel pour le reproduire, plus l’usage des marques. Ascension tourne sur une base issue du client Wrath of the Lich King.
Un précédent tranche cette question depuis 2005. Dans Davidson & Associates contre Jung, la cour d’appel du huitième circuit (422 F.3d 630) a jugé que la rétro-ingénierie viole le DMCA, la loi américaine qui protège les verrous d’un logiciel, et que les conditions d’utilisation forment un contrat opposable. Turtle WoW mélangeait réplique fidèle et contenu maison, fermé. Project Epoch, maison lui aussi, a reçu une mise en demeure en septembre 2025 et coupé ses services. Ce qui a permis à Ascension de durer, ce n’est pas son contenu, c’est qu’il ne concurrençait pas frontalement Blizzard, jusqu’à devenir trop visible pour être ignoré.
La Russie ne les met pas hors d’atteinte
Les serveurs de Project Ascension sont hébergés chez Aeza Group, une société russe sanctionnée par le Trésor américain en 2025 pour son soutien à des activités cybercriminelles. On pourrait croire cet hébergement protecteur. C’est l’inverse. Blizzard ne le présente pas comme un obstacle, mais comme une preuve d’intention : choisir un hébergeur sanctionné et difficile à atteindre montre que les opérateurs savaient ce qu’ils faisaient. Et ce ne sont pas des machines qui répondent devant un tribunal américain, ce sont des personnes. Les défendeurs nommés dans la plainte sont en majorité américains. L’emplacement des serveurs ne change rien à leur situation.


Le silence est la pire des trois stratégies
Selon la plainte, Project Ascension vend des « Donation Points », autour de 0,50 dollar l’unité, avec des bonus à partir de 15 dollars d’achat, pour débloquer cosmétiques et accélérateurs d’expérience. La plainte évoque des millions de dollars tirés de cette vente, un chiffre qui nourrit le volet racket du dossier, l’accusation selon laquelle l’opération serait une entreprise criminelle organisée. Ascension revendique de son côté plus d’un million de joueurs, mais c’est une déclaration de l’opérateur, pas une mesure indépendante.
Le vrai risque se lit dans un précédent plus ancien. En 2010, dans Blizzard contre Scapegaming (dossier 2:09-cv-07621, district central de Californie), le juge Stephen V. Wilson a rendu, le 11 août, un jugement par défaut de 88 594 539 dollars contre Alyson Reeves. Un jugement par défaut est rendu quand la partie attaquée ne se présente pas pour se défendre. Le calcul se décompose ainsi : 3 052 339 dollars de profits restitués, un montant confirmé par les relevés PayPal, plus 85 478 600 dollars de dommages fixés par la loi, plus 63 600 dollars de frais d’avocat.
Un autre dossier donne un ordre de grandeur comparable. Dans MDY Industries contre Blizzard, tranché le 14 décembre 2010 par le neuvième circuit (référence 629 F.3d 928), l’éditeur du bot Glider affichait 3,5 millions de dollars de revenus bruts en septembre 2008, pour 120 000 licences vendues. Le dossier s’est soldé par un jugement convenu de 6 millions de dollars.
Ne pas répondre à une plainte ne la fait pas disparaître. L’adversaire obtient alors tout ce qu’il demande, sans personne en face pour discuter les chiffres. Une nuance s’impose : Nostalrius ne gagnait pas un centime et a fermé en avril 2016 quand même. L’argent n’est pas ce qui déclenche l’action de Blizzard, il détermine seulement la taille de la facture qui suit.
Le 12 septembre, quatre jours plus tard, il y a la BlizzCon
La date limite de réponse des principaux défendeurs tombe le 8 septembre 2026. Quatre jours plus tard, les 12 et 13 septembre, Blizzard ouvre la BlizzCon 2026 à Anaheim, en Californie. Tous les pass sont déjà écoulés. Le rapprochement de ces deux dates n’est sans doute qu’un hasard de procédure. Mais l’histoire de Blizzard face aux serveurs communautaires donne à cette proximité un poids qu’elle n’aurait pas seule.
Blizzard frappe le plus fort quand un serveur concurrence un produit qu’elle vend, ou qu’elle s’apprête à vendre. Nostalrius en a fait les frais le 10 avril 2016. Sa fermeture a soulevé une pétition de plusieurs centaines de milliers de signatures, puis une rencontre à Irvine en juin 2016 entre son équipe et les dirigeants de Blizzard. Prévue pour deux heures, la réunion en a duré près de cinq. L’équipe de Nostalrius y a présenté un rapport d’environ 80 pages. Blizzard a ensuite cessé de répondre pendant six mois.
WoW Classic a été annoncé à la BlizzCon de novembre 2017, sorti le 27 août 2019. Entre les deux dates, Felmyst, une réplique de The Burning Crusade, a fermé le 21 juillet 2017, pendant que Blizzard préparait sa gamme Classic. Northdale, un serveur vanilla, a fermé de lui-même le 24 août 2019, la veille du lancement officiel. Chaque produit Classic a été précédé d’une vague de fermetures. Celle de 2025 et 2026 est la plus dure jamais observée : Everlook, Project Epoch, Turtle WoW, Stormforge, et maintenant Project Ascension.


Rien n’est officiellement confirmé sur un éventuel Classic+. Le seul élément public reste le stream State of Azeroth du 29 janvier 2026, où Holly Longdale a annoncé que l’avenir de Classic serait précisé à la BlizzCon 2026. Le reste, noms de projet, numéros de patch, nouvelles races, relève de fuites non confirmées et de rumeurs communautaires. Un article du site revient sur ce qu’on sait vraiment de Classic+ avant la BlizzCon, en distinguant le confirmé de la rumeur.
Un détail pique tout de même. La mise en demeure visant Project Ascension ciblait un serveur dont le visuel officiel se présentait comme « A Classic+ Adventure ». Ce serveur vendait un mot que Blizzard elle-même n’a jamais prononcé officiellement.
La proximité des dates ne prouve aucune stratégie. Un calendrier judiciaire dépend des délais de procédure et des renonciations de signification, pas d’un salon professionnel. Mais si Blizzard annonce un produit Classic à la BlizzCon, l’histoire montre que la pression sur les serveurs restants monte, elle ne redescend jamais. Le scénario inverse existe encore et changerait tout. Un cadre de licence pour les serveurs communautaires effondrerait le rapport de forces. Turtle WoW l’a réclamé publiquement en octobre 2025. Aucune réponse publique n’est venue. Rien n’indique aujourd’hui que cela arrive.
Trois fins possibles, et celle qui est la plus probable
Un dossier fédéral ne se termine pas par un fondu au noir. Il se termine par une de trois voies que la procédure américaine connaît bien : l’accord, le défaut, ou le procès. Chacune a sa propre mécanique et son propre calendrier.
La date du 8 septembre 2026 n’éteint rien à elle seule. Elle ouvre trois portes différentes selon ce que les défendeurs déposent, ou ne déposent pas, au greffe du tribunal. Ce choix détermine lequel des trois scénarios prend le dessus.

| Scénario | Mécanique | Calendrier estimé | Probabilité |
|---|---|---|---|
| L’accord transactionnel | Négociation, jugement d’accord, injonction permanente, extinction du serveur | Fin février ou début mars 2027 (projection par analogie) | Le plus probable |
| Le jugement par défaut | Silence des défendeurs, injonction accordée sans débat | Quelques mois après le 8 septembre 2026 | Devenu peu probable |
| La bataille sur le fond | Contestation, échanges de pièces, éventuel procès devant jury | 18 à 30 mois, issue repoussée à 2028 | Improbable |
L’accord transactionnel, le scénario le plus probable
Dans ce scénario, les parties négocient en coulisses. Le juge entre ensuite un jugement d’accord, une décision qui entérine ce que les deux camps ont accepté sans procès, puis une injonction permanente. Le serveur s’éteint quelques semaines plus tard.
C’est exactement le chemin suivi par Turtle WoW, chronométré plus haut : huit mois et demi entre le dépôt de la plainte et l’écran noir. Appliqué à Project Ascension par analogie, ce calendrier placerait l’extinction aux alentours de fin février ou début mars 2027. C’est une projection, pas une prédiction. Le dossier de Project Ascension n’est pas le dossier Turtle, et rien ne garantit le même tempo.
Pourquoi ce scénario reste le plus probable : les défendeurs ont pris des avocats en juillet 2026, et la renonciation à la signification leur a surtout permis de gagner du temps. L’injonction obtenue contre Turtle montre que Blizzard décroche l’essentiel de ce qu’elle demande sans avoir à plaider le fond. Interdiction d’exploiter, de développer, d’héberger ou de maintenir des serveurs, interdiction d’appeler aux dons, interdiction de transmettre le code ou les comptes à un successeur. Le projet Turtle WoW 2.0 sous Unreal Engine 5 a été arrêté au passage.
Le jugement par défaut, plus rapide mais devenu improbable
Ici, les défendeurs ne répondent pas dans le délai fixé. Blizzard demande alors un jugement par défaut, et le tribunal accorde l’injonction ainsi que les dommages, sans débat contradictoire. Le précédent Scapegaming, détaillé plus haut, donne la mesure de ce que coûte cette voie : plus de 88 millions de dollars, obtenus précisément parce que personne ne s’est présenté en face.
Ce scénario est devenu moins probable depuis que des avocats se sont constitués les 2 et 10 juillet 2026. Il reste ouvert pour tout défendeur qui choisirait de ne pas se présenter le 8 septembre. Le calendrier, dans ce cas, serait bien plus court : quelques mois seulement après la date limite.
La bataille sur le fond, la voie la plus longue
Les défendeurs contestent les accusations. Le dossier avance alors vers l’échange de pièces, les requêtes préliminaires, et éventuellement un procès devant jury, puisque Blizzard en a fait la demande dans sa plainte. Cette voie prend de dix-huit à trente mois, ce qui repousserait l’issue à 2028.
Deux décisions d’appel rendent ce scénario improbable, toutes deux citées plus haut : Davidson & Associates contre Jung sur la rétro-ingénierie du client et du code, MDY Industries contre Blizzard sur la responsabilité au titre du DMCA. La seconde vient du neuvième circuit, celui dont dépend précisément la Californie. Se battre sur le fond coûte cher et prend des mois, pour une issue que la jurisprudence rend déjà très défavorable aux défendeurs.
Un détail tempère malgré tout ce pronostic. Le 2 juillet, une déclaration liée à une requête est venue s’opposer à une demande de Blizzard qui cherchait à obtenir des pièces par anticipation. Huit jours plus tard, un retrait est enregistré au dossier, et la presse spécialisée l’identifie comme celui de cette demande. Les défendeurs ont donc marqué un premier point de procédure. Cela ne renverse aucune jurisprudence, mais cela dessine une défense qui travaille plutôt qu’une équipe qui attend la fin.
Le titre de cet article annonce une fermeture. Il faut le dire avec la prudence qui s’impose : aucune décision n’est tombée, et personne ne peut garantir de date précise. Ce qui est vérifiable, c’est un calendrier et un précédent. Sur les serveurs de cette taille, avec des opérateurs identifiés aux États-Unis, aucun n’a survécu à une plainte fédérale de Blizzard.
La prochaine date à surveiller est donc le 8 septembre 2026. Ce jour-là, le dossier public de l’affaire 8:26-cv-01506 dira lequel de ces trois scénarios vient de s’engager.




0 Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à commenter !